Un siècle sépare ces images. À gauche, le village tel que le photographiaient les éditeurs de cartes postales, quand la rue était en terre battue et qu’on posait devant l’objectif en habit du dimanche. À droite, le même angle aujourd’hui — souvent au centimètre près.
L’exercice est plus troublant qu’il n’y paraît. On s’attend à trouver un village transformé ; on découvre l’inverse. Les murs n’ont pas bougé. Les mêmes linteaux, les mêmes ouvertures, les mêmes toits. Ce qui a changé, c’est tout le reste : le sol, les fils, les arbres, les commerces — et les gens, qui ont disparu du cadre.
Ce qu’il faut regarder
Passez d’une image à l’autre plusieurs fois, comme dans un jeu des sept erreurs. Voici ce qui saute aux yeux quand on sait où chercher :
- Le sol. Terre battue, poussière et ornières autrefois ; goudron aujourd’hui. C’est le changement le plus radical, et celui qu’on remarque le moins.
- Les fils. Absents sur les plus anciennes vues, puis envahissants avec l’électricité et le téléphone, ils disparaissent aujourd’hui au fil des enfouissements.
- Les arbres. Ceux que l’on voit en baliveaux sur les cartes anciennes sont parfois devenus énormes — ou ont été abattus depuis longtemps.
- Les façades. Beaucoup ont été enduites au ciment dans les années 1960-1970, puis repiquées pour retrouver la pierre apparente. Le village d’aujourd’hui ressemble parfois plus à celui de 1900 qu’à celui de 1970.
- Les commerces. Enseignes peintes, boutiques, étals : cherchez les traces des devantures disparues, souvent encore lisibles dans la maçonnerie.
- Les gens. Sur les cartes anciennes, ils sont là, figés, souvent l’essentiel du sujet. Sur les vues récentes, la rue est vide. C’est peut-être la différence la plus parlante.
Et ce qui n’a pas changé : les volumes, les percements, les encadrements de portes, la ligne des toits. Regardez un linteau, un jambage, un angle de mur — ils traversent le siècle sans broncher.
La place d’Issac
Autrefois

Aujourd’hui

La route d’Aydat
L’entrée du village par le sud-ouest. C’est aujourd’hui l’axe qui dessert la zone artisanale de la Tourtelle — un contraste utile entre le chemin d’autrefois et la route d’aujourd’hui.
Autrefois

Aujourd’hui

Le monument aux morts
Comme dans plus de trente-six mille communes françaises, le monument est élevé au lendemain de la Grande Guerre — la plupart le furent entre 1919 et 1926, financés pour l’essentiel par souscription publique, avec une contribution modeste de l’État prévue par la loi du 25 octobre 1919.
Sur ces deux images, le monument est probablement l’élément qui a le moins changé — mais son environnement, lui, s’est transformé. C’est souvent le cas : on déplace, on replante, on aménage autour, mais on ne touche pas à la pierre.
Autrefois

Aujourd’hui

La vue depuis Rochemanie
Les vues d’ensemble sont les plus spectaculaires de l’exercice, parce qu’elles montrent d’un seul coup d’œil ce que le village a gagné — et parfois perdu. Cherchez la limite du bâti : c’est là que se lit un siècle d’urbanisation. Regardez aussi les parcelles autour du bourg. Là où l’on voit des vignes et des cultures sur l’image ancienne, il y a souvent aujourd’hui des friches ou des bois.
Autrefois

Aujourd’hui

La rue Principale et la rue de la Chantelle
Le carrefour du village, hier comme aujourd’hui. C’est ici que battait — et que bat encore — la vie quotidienne : l’épicerie et la boulangerie sont rue Principale, l’atelier de poterie rue de la Chantelle. Une des rares vues où le village n’a pas seulement survécu : il fonctionne toujours de la même manière.
Autrefois

Aujourd’hui

La rue de la Boucherie
La rue des métiers par excellence, où se tenaient autrefois les étals. Deux points de vue différents, à un siècle d’intervalle. C’est probablement ici que l’exercice est le plus saisissant : l’architecture est intacte, mais l’usage a complètement disparu. Les larges ouvertures en arc que vous apercevez au rez-de-chaussée sont les anciens étals, par lesquels le marchand servait directement dans la rue.
Autrefois

Aujourd’hui

Un peu plus loin dans la même rue :
Autrefois

Aujourd’hui

La fontaine Renaissance
Creusée dans la lave au tout début du XVIe siècle, elle était déjà quatre fois centenaire au moment de la photographie ancienne. Mais son rôle, lui, a changé du tout au tout : c’était alors le point d’eau du quartier, où l’on venait remplir les seaux plusieurs fois par jour et faire boire les bêtes. L’eau courante à domicile l’a réduite au rang d’ornement — ce qui l’a sans doute sauvée.
Autrefois

Aujourd’hui

La fontaine et le portail du château
La place de l’Ormeau dans son ensemble, avec la fontaine au premier plan et l’entrée du château derrière. Une image qui condense toute l’histoire du village : la forteresse des La Tour d’Auvergne, la fontaine qui porte leurs armes et celles des Broglie, et la place où l’on se retrouvait.
Entre les deux prises de vue, le château a traversé sa période la plus sombre — un long abandon au XXe siècle — avant le vaste chantier de restauration engagé par ses propriétaires actuels.
Autrefois

Aujourd’hui

LES CARTES POSTALES, MÉMOIRE INVOLONTAIRE DU VILLAGE
Nous devons ces images anciennes à un objet commercial. Entre 1900 et les années 1920, la carte postale connaît un âge d’or : des éditeurs parcourent la France entière et photographient absolument tous les villages, même les plus petits, parce qu’il y a un marché.
Leurs vues sont presque toujours « animées » : le photographe rassemblait les habitants — souvent les enfants de l’école — et les faisait poser au milieu de la rue. Ce détail commercial nous a laissé, sans le vouloir, le seul portrait collectif que nous ayons de ces générations-là.
Envie d’essayer vous-même ? Refaire une carte postale ancienne est un exercice plus difficile qu’il n’y paraît. Il faut retrouver le point de vue exact — souvent au milieu de la chaussée —, ajuster la hauteur de l’appareil à celle du photographe d’époque, et surtout trouver la bonne focale : les objectifs anciens ouvraient plus large qu’un téléphone d’aujourd’hui. La saison compte aussi : sans feuilles, on voit ce que l’été cache.
Vous avez des photos anciennes ?
Cette page ne demande qu’à s’agrandir. Une carte postale au fond d’un tiroir, une photo de mariage devant l’église, un cliché de la moisson ou de la vogue : tout nous intéresse. Nous les numérisons et vous les rendons aussitôt — l’original reste chez vous.
Et si vous reconnaissez quelqu’un sur les vues anciennes, ou si vous vous souvenez de ce qu’était tel bâtiment, dites-le-nous. Ces souvenirs-là ne sont écrits nulle part. Le jour où plus personne ne les porte, ils disparaissent avec les visages.
Photographies anciennes : collection saint-saturnin.com. Vues actuelles : saint-saturnin.com. Page mise à jour en juillet 2026.
