HISTOIRE DU VILLAGE

Il y a des villages que l’histoire a traversés sans s’arrêter. Saint-Saturnin n’en fait pas partie. Sur cette arête de basalte suspendue entre les gorges de la Monne et la vallée de la Veyre, on a bâti une des cinq grandes églises romanes d’Auvergne, une forteresse qui fut la propriété de deux reines de France, et un bourg de pierre blonde où les ruelles portent encore les noms des métiers qu’on y exerçait.

De la rue de la Boucherie à la rue Noble, en passant par la place de l’Ormeau et sa fontaine creusée dans la lave, la promenade se fait sur les pas de Catherine de Médicis et de sa fille Marguerite de Valois, la Reine Margot — toutes deux dames de Saint-Saturnin.

Le village de Saint-Saturnin vu depuis la route de Champeix
Le village vu de la route de Champeix — Wikimedia Commons, licence CC BY-SA

UN VILLAGE NÉ D’UNE COULÉE DE LAVE

Avant l’histoire des hommes, il y a celle du sol. Il faut imaginer, il y a un peu plus de dix mille ans, les deux cratères du puy de la Vache et de Lassolas, dans la chaîne des Puys, déversant leur lave vers le sud-est. La coulée dévale, vient buter contre une colline, remplit une vallée et forme une sorte de bourrelet — une vague de roche qui se fige. Puis elle change de direction et repart vers Saint-Amant et Tallende, où elle s’arrête.

Le village, l’église et le château occupent l’arête sommitale de ce bourrelet. C’est ce qui explique la forme du bourg, étiré en village-rue le long de la crête, et sa position de guetteur : d’un côté les gorges de la Monne, entaillées dans les premiers contreforts de la chaîne des Dômes ; de l’autre la vallée de la Veyre, ouverte sur la lumineuse plaine de la Limagne. Le château surplombe la Monne d’une quarantaine de mètres.

Un patrimoine mondial sous nos pieds. La montagne de la Serre, ce long relief qui borde la commune, est l’exemple le plus démonstratif de relief inversé du secteur : une ancienne vallée comblée de lave, devenue crête à mesure que les terrains meubles alentour s’érodaient. L’UNESCO la cite explicitement parmi les éléments du bien « Chaîne des Puys — faille de Limagne », inscrit au patrimoine mondial le 2 juillet 2018. Saint-Saturnin n’est pas à côté du site classé : il est dedans.


UN SAINT VENU DE TOULOUSE

Le village doit son nom à saint Saturnin, martyr, premier évêque de Toulouse au IIIe siècle, dont les reliques furent rapportées en Auvergne au VIe siècle. Une histoire de translation de reliques, comme il en existe des centaines dans le Massif central — mais celle-ci a laissé un nom sur la carte.

Curiosité qui déroute souvent les visiteurs : l’église du village n’est pas dédiée à saint Saturnin mais à Notre-Dame. On la désigne indifféremment sous les deux noms, mais son vocable officiel est bien celui de la Vierge.

L’histoire écrite du lieu commence en 1040, avec la fondation d’une petite communauté monastique clunisienne dépendant de l’abbaye Saint-Austremoine d’Issoire. Quelques vestiges du cloître primitif subsistent, accolés au flanc sud de l’église actuelle.


L’ÉGLISE NOTRE-DAME

L'église romane Notre-Dame de Saint-Saturnin et son chevet étagé

Élevée entre 1150 et 1157 environ, sur décision de l’évêque Étienne de Mercœur, l’église fut sans doute construite d’un seul jet — ce qui explique son extraordinaire unité. C’est vraisemblablement le dernier des grands édifices de l’Auvergne romane.

La cinquième des cinq

Elle appartient au club très fermé des cinq églises « majeures » de Basse-Auvergne, ces sœurs de pierre qui partagent le même parti architectural :

  • La basilique Notre-Dame-du-Port, à Clermont-Ferrand
  • L’abbatiale Saint-Austremoine, à Issoire
  • La basilique Notre-Dame d’Orcival
  • L’église de Saint-Nectaire
  • L’église Notre-Dame de Saint-Saturnin

Elle en est la plus petite, la plus sobre et la plus tardive — et la seule à ne posséder ni chapelles rayonnantes autour du déambulatoire, ni chapelle axiale. Loin d’être un défaut, cette économie de moyens donne au chevet une pureté que les autres n’ont pas.

Deux pierres, deux couleurs

Le secret de sa beauté tient à un mariage : l’arkose blonde de Montpeyroux et la lave sombre de Volvic. De ce contraste naît l’aspect polychrome du chevet, où les claveaux alternent en damiers, en losanges et en étoiles. Les chapiteaux, eux, sont sculptés dans la lave — matériau ingrat, dur, qui impose au sculpteur une économie de gestes.

De l’extérieur, le chevet compose un étagement pyramidal de volumes de hauteur croissante : absidioles, déambulatoire, chœur, puis le « massif barlong » — ce parallélépipède posé en travers au-dessus de la croisée du transept, signature de l’école auvergnate — et enfin le clocher octogonal à deux étages.

Le clocher qui a sauvé les autres

C’est peut-être le titre de gloire le plus méconnu de Saint-Saturnin.

Sous la Terreur, l’église est rachetée par un habitant, M. Verdier de Pagnat, afin de la soustraire à la profanation. Le geste fut décisif : le clocher octogonal est ainsi le seul d’Auvergne, avec celui d’Orcival, à avoir traversé la Révolution sans être abattu. Partout ailleurs, les clochers romans furent mutilés ou rasés.

Un demi-siècle plus tard, quand vint le temps des restaurations, il ne restait plus grand-chose à copier. C’est donc le clocher de Saint-Saturnin qui servit de modèle pour reconstruire ceux de Notre-Dame-du-Port à Clermont-Ferrand et de Saint-Austremoine à Issoire. La silhouette que des milliers de visiteurs admirent chaque année sur ces deux basiliques est, en réalité, celle de notre village.

Seule la flèche fit exception : détruite à la Révolution, elle fut restituée à l’identique par l’architecte Aymon Mallay en 1850.

À l’intérieur, dès l’entrée, domine une impression de calme due à l’heureuse combinaison des volumes et à l’unité de ton de la pierre apparente. Dans la nef, les grandes tribunes font partie intégrante du mur : aucune saillie ne vient rompre l’élan architectural, et le regard file directement vers le sanctuaire. La nef est voûtée en berceau, la croisée coiffée d’une coupole sur trompes, et les chapiteaux — non historiés, sobres et élégants — s’accordent à l’austérité générale de l’édifice.

La crypte de l'église Notre-Dame de Saint-Saturnin
La crypte, sous le chœur — Wikimedia Commons, licence CC BY-SA

Ce qu’il ne faut pas manquer

  • Le maître-autel, en bois doré, classé au titre des monuments historiques depuis 1875. Il provient de la chapelle du château et porte les chiffres entrelacés d’Henri IV et de Marguerite de Valois — la Reine Margot, dame de Saint-Saturnin.
  • Une peinture murale du début du XVIe siècle, représentant l’Annonciation et la résurrection de Lazare.
  • La crypte, sous le chœur, et sa pietà en calcaire polychrome du XVe siècle, où la Vierge est entourée de saint Jean et de sainte Madeleine. Repérez au passage les percements ménagés dans les marches du chœur : ils laissent filtrer les lumières de la crypte.
  • Saint Verny, reconnaissable à sa serpe et à sa grappe de raisin. C’est le patron des vignerons d’Auvergne, présent dans toutes les églises de la région — un rappel discret que ces coteaux furent couverts de vignes.
  • Les vestiges du cloître primitif, au sud de l’édifice. Les bâtiments du prieuré qui s’élevaient là ont été presque entièrement détruits après la Révolution.

L’église est classée au titre des monuments historiques depuis 1862.


LA CHAPELLE SAINTE-MAGDELEINE

La chapelle romane Sainte-Magdeleine, au chevet de l'église

Blottie contre le chevet de l’église, la chapelle romane Sainte-Magdeleine passe souvent inaperçue. C’est pourtant, sur ce plateau, l’édifice le plus ancien. Une singularité la distingue : elle est orientée au nord-est et non à l’est, ce qui est rare dans l’architecture religieuse médiévale et reste inexpliqué.

Elle domine le ravin de la Monne, à l’angle d’un petit jardin qui occupe l’emplacement d’un ancien cimetière. Le linteau de sa porte, daté de 1668, porte une inscription qui arrête net le promeneur pressé :

Nous avons été comme vous. Un jour, vous serez comme nous. Pensez-y bien.

Linteau de la chapelle Sainte-Magdeleine, 1668

La chapelle et la porte de l’ancien cimetière attenant sont classées au titre des monuments historiques depuis 1929.


LE CHÂTEAU DES DEUX REINES

Le château fort de Saint-Saturnin, ses tours et ses courtines crénelées

Bâtie sur le rebord méridional de la coulée de lave, face à l’église, la demeure des seigneurs de La Tour d’Auvergne occupe elle aussi une position stratégique. L’ensemble est compact et imposant : triple enceinte, tours à créneaux, mâchicoulis, chemin de ronde, corps de logis flanqué de deux tours des XIVe et XVe siècles. Certaines parties remontent au XIIIe siècle.

Mais ce qui fait entrer Saint-Saturnin dans la grande histoire, c’est une affaire de successions et de filles uniques.

Sept siècles en quelques dates

XIIIe s.Les La Tour d’Auvergne élèvent la forteresse. Elle devient le fief de la famille en 1281.
1389Bertrand IV de La Tour épouse Marie d’Auvergne, héritière du comté. Leur fils devient comte d’Auvergne en 1437.
1509Mort de Jean de La Tour d’Auvergne. Ses deux filles héritent : Anne, qui meurt peu après, et Madeleine.
1518Madeleine de La Tour d’Auvergne épouse Laurent II de Médicis. Les deux époux meurent l’année suivante.
1519Leur unique enfant, Catherine de Médicis, hérite du château à quelques mois. Future reine de France par son mariage avec Henri II, elle l’embellit et le dote d’un jardin à la française.
1566Catherine, son fils le roi Charles IX et toute la cour y font halte lors du grand tour de France royal.
1589Mort de Catherine. Sa fille Marguerite de Valois, la Reine Margot, hérite du domaine.
1605Par testament, Margot lègue toutes ses possessions d’Auvergne au dauphin Louis, futur Louis XIII. Elle meurt en 1615 sans descendance.
1668Le comte Victor-Maurice de Broglie rachète le château et y mène d’importants travaux de mise au goût du jour.
1789La Révolution : la famille de Broglie est spoliée, le château et ses jardins souffrent.
1889Classement au titre des monuments historiques.
1970-80Après deux siècles de manque d’entretien, le château est abandonné.
2007De nouveaux propriétaires en font une maison d’hôtes et poursuivent la restauration.

Deux reines de France, mère et fille, dernières descendantes en ligne directe des La Tour d’Auvergne, propriétaires du même château pendant près d’un siècle : c’est ce qui vaut à l’édifice son surnom de château royal.

Vue d'ensemble du château de Saint-Saturnin
Le château vu du village — Wikimedia Commons, licence CC BY-SA

La visite guidée conduit du donjon à la cour d’honneur, des grandes salles aux appartements meublés du comte d’Auvergne — dont la chambre de Catherine de Médicis — et jusqu’aux charpentes du XVe siècle, rares et remarquables, que l’on compare volontiers à celles de Chambord. Les jardins, les douves, le mur d’enceinte et les terrasses sont inscrits aux monuments historiques depuis le 5 mars 1992.


LA FONTAINE ET LES RUELLES

Ruelle pavée du vieux bourg de Saint-Saturnin

Les petites ruelles tortueuses et pentues invitent à la promenade dans le vieux bourg. Elles donnent accès à la place de l’Ormeau, où s’élève une fontaine Renaissance creusée dans la lave — l’une des plus anciennes fontaines d’Auvergne. Son style et le recours aux caractères gothiques la situent au tout début du XVIe siècle.

On y reconnaît, sculptées dans la pierre, deux blasons qui résument à eux seuls l’histoire du village :

  • Les armes de La Tour d’Auvergne : de gueules à la tour d’argent
  • Celles des Broglie : d’or au sautoir ancré d’azur

Les noms des rues racontent le reste. Rue de la Boucherie, où se tenaient les étals — la porte des Boucheries en marque encore l’entrée. Rue Noble, qui menait aux demeures des familles importantes. Rue de l’Enfer, dont l’origine se perd. On y croise des maisons du XVe siècle, des portes en accolade, un pigeonnier, des puits, des lavoirs hors les murs et des fontaines : tout le mobilier ordinaire d’une cité médiévale, conservé parce que rien ne l’a jamais chassé.

Le village des peintres

L’harmonie des façades de pierre blonde, les tonalités presque méridionales de la lumière, l’église et le château qui se répondent au-dessus du ravin : depuis longtemps, Saint-Saturnin attire les peintres et les promeneurs. Quelques écrivains aussi, dont Paul Bourget (1852-1935), qui y séjourna.


VISITER LE VILLAGE

L’église

Place de l’Église
Du 1er juillet au 31 août : tous les jours, 9 h – 18 h
Du 1er septembre au 30 juin : tous les jours, 9 h – 17 h

Visite libre et gratuite, en dehors des offices religieux. Participation de 2 € par personne pour les groupes.

Le château

Place de l’Ormeau
04 73 39 39 64

Visites guidées d’environ 50 minutes, du donjon aux jardins. Le château accueille également des chambres d’hôtes.

Découvrir le village par soi-même

  • Les panneaux d’interprétation. Disposés dans tout le village, ils racontent la grande et la petite histoire de chaque monument. La promenade se fait très bien sans guide.
  • Le rallye-photo. Une découverte du bourg à l’aide de photos et d’une carte — idéal avec des enfants. Livret gratuit au bureau d’accueil touristique de la Grange de Mai l’été, et à l’office de tourisme d’Aydat toute l’année.
  • Les visites guidées du village et du hameau de Chadrat sont proposées en saison.
  • Se garer place du 8 Mai, en contrebas : les ruelles du vieux bourg sont étroites et pentues.

Saint-Saturnin est labellisé Petite Cité de Caractère. Le village s’anime toute l’année : concours de soupe le premier week-end de février, vide-grenier le dernier dimanche d’avril, et la foire de Saint-Saturnin le 1er mai, avec ses animations gourmandes et musicales.

Une précision, une correction, une archive de famille ? L’histoire d’un village ne s’écrit jamais seule. Si vous disposez de documents, de photographies anciennes ou de souvenirs qui complètent cette page, écrivez-nous.

Certaines photographies proviennent de Wikimedia Commons et sont diffusées sous licence Creative Commons ; le lien de chaque légende renvoie à la page d’origine du fichier. Page mise à jour en juillet 2026.

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