Saint-Saturnin se visite à pied, et seulement à pied. Le vieux bourg tient dans un mouchoir de poche : quelques ruelles pentues entre l’église et le château, deux lavoirs au fond du ravin, une poterne, une fontaine Renaissance. Une heure suffit — mais on peut facilement y passer la matinée.
Voici l’itinéraire que nous conseillons. Il part de la place du 8 Mai, fait le tour du village par les hauteurs, descend vers la Monne et remonte à l’église. Pas besoin de guide : suivez les étapes.
La promenade en bref
- Départ : place du 8 Mai, à côté de la mairie
- Durée : 1 h en marchant, 2 h en prenant son temps
- Distance : environ 2 km, en boucle
- Difficulté : quelques montées courtes mais raides, des escaliers, des pavés. Chaussures plates indispensables. Non adapté aux poussettes ni aux fauteuils roulants sur la partie basse (lavoirs et poterne)
- Stationnement : gratuit place du 8 Mai. Ne montez pas en voiture dans le vieux bourg, les rues sont trop étroites
- Le bon moment : le matin, quand le soleil éclaire les façades d’arkose blonde et que le village est encore calme
Sur place : des panneaux d’interprétation jalonnent le parcours. Un rallye-photo gratuit, idéal avec des enfants, est disponible au bureau d’accueil touristique de la Grange de Mai en été.
Étape 1
La rue des Farges et les anciens remparts
Depuis la place du 8 Mai, traversez la rue Principale et prenez en face la rue des Farges, bordée d’anciennes maisons en pierre apparente. Son nom vient des forges qui s’y trouvaient — comme la plupart des rues du village, elle porte le nom du métier qu’on y exerçait.
Sur votre droite, du côté de la Côte Gros Jean, observez les vestiges des anciens remparts. Le village était entièrement clos de murailles, avec des tours d’enceinte et des portes que l’on fermait la nuit.

Étape 2
Le porche gothique et l’échoppe
Sur votre gauche, passez sous le porche gothique : c’est le vestige de l’une des tours d’enceinte du village. Franchir cette voûte, c’est entrer dans la cité médiévale par où l’on y entrait il y a sept siècles.
Juste à gauche en sortant, une ancienne échoppe a été restaurée. Repérez l’ouverture large et basse en arc : c’est l’étal, sur lequel le marchand présentait ses produits directement dans la rue. On en trouve plusieurs dans le village, souvent murées.

Étape 3
La demeure de l’écuyer du Roy
En remontant, vous passez devant la demeure de l’écuyer du Roy. Levez les yeux vers le fronton de la porte : ses armoiries y sont encore lisibles — un chevron accompagné de trois roses.
Ce détail dit beaucoup du village. Quand la cour royale séjournait au château, il fallait loger tout un monde : officiers, écuyers, gens de service. Plusieurs maisons du bourg ont été bâties ou embellies pour eux.

Étape 4
La rue de la Boucherie
Le nom ne trompe pas : c’est ici que se tenaient les étals des bouchers. La porte des Boucheries en marquait l’entrée. On imagine mal aujourd’hui, dans ce calme, l’animation et les odeurs d’une rue de métier au Moyen Âge.

Étape 5
La rue des Gourlettes
Prenez la rue des Gourlettes à votre droite : elle vous conduira au château. C’est l’une des plus jolies du village, étroite, pentue, avec ses cours intérieures que l’on aperçoit par les portes entrouvertes.



Étape 6 · Le temps fort
Le château
XIIIe – XVe siècles · Classé monument historique en 1889

Édifié pour l’essentiel entre la fin du XIIIe et le début du XIVe siècle, le château présente un aspect défensif et austère, tempéré par le jeu de l’arkose blonde et de la pierre volcanique grise.
Le corps de logis du XIIIe siècle est flanqué de tours, complété par deux retours des XIVe et XVe siècles, et sa façade a été remaniée à la Renaissance. L’ensemble, entouré de trois enceintes, constitue un spécimen remarquable d’architecture militaire médiévale : tours, courtines, remparts, chemin de ronde, créneaux et machicoulis. Une charpente du XVe siècle, rare et remarquable, couvre l’ensemble du bâtiment.

Pourquoi on l’appelle le château royal
Il appartenait à la puissante maison de La Tour d’Auvergne, et fut remanié au fil des siècles — notamment par Bernard, grand chambellan du roi Louis XI. Puis, par le jeu des héritages, il échut à Catherine de Médicis, dernière descendante de la lignée et future reine de France.
- 1566 — La reine y séjourne avec son fils, le roi Charles IX, et toute la cour, lors du grand tour de France royal.
- 1586 — Sa fille Marguerite de Valois, la fameuse reine Margot, y est retenue prisonnière quelques jours avant d’être envoyée au château d’Usson.
- 1606 — Elle y revient, libre cette fois.
Après Louis XIII, la famille de Broglie y séjourne jusqu’à la Révolution. Le château devient ensuite une institution religieuse pendant plus d’un siècle, avant une longue période d’abandon et de dégradations. Les propriétaires actuels y conduisent depuis d’importants travaux de restauration.
Le visiter. Des visites guidées d’environ 50 minutes conduisent du donjon aux jardins, en passant par les appartements meublés et les charpentes du XVe siècle. Le château propose également des chambres d’hôtes.
Place de l’Ormeau — 04 73 39 39 64
Étape 7
La place de l’Ormeau et sa fontaine Renaissance
Vous débouchez sur la place de l’Ormeau, où se dresse une magnifique fontaine Renaissance creusée dans la lave, récemment rénovée. C’est l’une des plus anciennes fontaines d’Auvergne : son style et ses caractères gothiques la situent au tout début du XVIe siècle.
Approchez-vous et cherchez les deux blasons sculptés dans la pierre. Ils résument à eux seuls l’histoire du village :
- Les armes de La Tour d’Auvergne — de gueules à la tour d’argent
- Celles des Broglie — d’or au sautoir ancré d’azur


Étape 8
Le chemin de la Freydière et son lavoir
Traversez la route et prenez le petit chemin entre le château et les maisons : c’est le chemin de la Freydière, qui descend vers les lavoirs. On quitte ici la pierre pour la verdure, et le changement d’ambiance est saisissant.


Au panneau indicateur, deux possibilités. Vous pouvez descendre vers le pont qui franchit la Monne, ou prendre à droite pour rejoindre le lavoir de la Freydière. Nous vous conseillons le lavoir : le pont peut se faire ensuite, ou une autre fois.


Ce qu’était un lavoir. Bien plus qu’un bassin. Jusqu’au milieu du XXe siècle, c’était le lieu de travail — et de conversation — des femmes du village. On y venait plusieurs fois par semaine, à genoux sur une planche, battoir à la main. Tout ce qui se disait au village passait par là.
Étape 9
Le lavoir du Creux du Tieu
Revenez sur vos pas et prenez le chemin situé entre le portillon en fer et votre droite. Vous traversez un sous-bois très agréable — la partie la plus fraîche de la promenade, appréciable en été.

Suivez le chemin, puis au fond à droite, descendez les quelques marches qui mènent au lavoir du Creux du Tieu.


Étape 10
La poterne
L’escalier vous mène à la poterne, sous l’ancien cimetière. Une poterne est une petite porte discrète intégrée aux murailles de la fortification : elle permettait aux habitants d’entrer et de sortir sans ouvrir les portes principales.
En cas de siège, c’était aussi l’issue de secours — et le passage par lequel on tentait des sorties. Sa petite taille n’est pas un hasard : on ne pouvait la franchir qu’un par un, ce qui la rendait facile à défendre.



Étape 11
Le jardin et la chapelle de la Madeleine
Le monument le plus ancien du village · Classée en 1929
En remontant vers l’église, vous découvrez le jardin de la Madeleine. Ce petit jardin paisible occupe l’emplacement d’un ancien cimetière — ce qui explique l’inscription que vous allez lire.

Sur le linteau de la porte, daté de 1668, cette invitation à la méditation :
Nous avons esté comme vous
Linteau de l’ancien cimetière, 1668
Un jour vous serez comme nous
Pensez-y bien

La chapelle de la Madeleine est le monument le plus ancien de Saint-Saturnin : cette petite église romane est antérieure d’au moins cent ans à la grande église. Elle domine le ravin de la Monne et présente une singularité rare — elle est orientée au nord-est et non à l’est, ce qui reste inexpliqué.
Elle pourrait avoir été la première église paroissiale du village, ou la chapelle du prieuré bénédictin fondé en 1040.



Étape 12 · L’arrivée
La place et l’église Notre-Dame
Vers 1150-1157 · Classée en 1862 · Une des cinq romanes majeures d’Auvergne

Vous voici devant le joyau du village. L’église Notre-Dame est la plus contemporaine des grandes églises romanes de la région clermontoise : érigée en une seule campagne au XIIe siècle, ce qui lui donne son unité exceptionnelle.
Le clocher qui a sauvé les autres. À la Révolution, l’église est rachetée par un habitant, M. Verdier de Pagnat, pour la soustraire à la profanation. Son clocher octogonal à deux étages est ainsi le seul d’Auvergne, avec celui d’Orcival, à avoir traversé la période sans être abattu.
Conséquence considérable : c’est lui qui a servi de modèle quand on a reconstruit, au XIXe siècle, les clochers détruits de Notre-Dame-du-Port à Clermont et de Saint-Austremoine à Issoire. Sa flèche, elle, fut restituée à l’identique par l’architecte Mallay en 1850.
La pierre utilisée est l’arkose blonde, avec des incrustations décoratives en lave noire qui dessinent damiers et étoiles sur le chevet.
Le plan est traditionnel : trois nefs de quatre travées — l’emplacement réservé aux fidèles —, un transept, et un chevet à déambulatoire, cette galerie de circulation qui entoure l’hémicycle de six colonnes. La nef est voûtée en berceau, la croisée coiffée d’une coupole sur trompes.



À chercher une fois à l’intérieur
- Le maître-autel en bois doré, venu de la chapelle du château : il porte les chiffres entrelacés d’Henri IV et de la Reine Margot.
- La crypte et sa pietà en calcaire polychrome du XVe siècle, où la Vierge est entourée de saint Jean et de sainte Madeleine. Repérez les percements dans les marches du chœur : ils laissent voir les lumières de la crypte.
- Saint Verny, avec sa serpe et sa grappe de raisin — le patron des vignerons d’Auvergne, présent dans toutes les églises de la région. Un rappel que ces coteaux furent couverts de vignes.
- Une peinture murale du début du XVIe siècle représentant l’Annonciation et la résurrection de Lazare.
- Les chapiteaux : ils ne sont pas historiés, mais sobres et élégants — cohérents avec l’austérité générale de l’édifice.
Ouverture : tous les jours, 9 h – 18 h de juillet à août, 9 h – 17 h le reste de l’année. Visite libre et gratuite en dehors des offices.
PROLONGER LA VISITE
La boucle est bouclée : la place du 8 Mai est à deux pas. Si vous avez encore du temps devant vous, voici comment continuer.
Une heure de plus
- Le pont sur la Monne, au bas du chemin de la Freydière, pour voir le village depuis le fond du ravin.
- La Croix de la Boria, sur les hauteurs : sans doute le plus beau point de vue sur Saint-Saturnin.
- Une pause au village — bistrot, épicerie et boulangerie sont tous à moins de cinq minutes.
Une demi-journée de plus
- Les cabanes en pierre sèche de la montagne de la Serre, par le Chemin des bâtisseurs de paysages.
- Les geysers des sources de Sainte-Marguerite, à vingt minutes de route.
- Les quatre autres églises romanes majeures d’Auvergne, toutes à moins de 45 km.
Un dernier mot. Le vieux bourg est habité. Derrière ces belles portes vivent des gens, chez eux. Restez sur les voies publiques, n’entrez pas dans les cours privées, et gardez la voix basse le matin — le village vous le rendra.
Photographies : saint-saturnin.com. Horaires donnés à titre indicatif. Page mise à jour en juillet 2026.
