L’Auvergne compte une dizaine d’églises romanes dites « majeures ». Mais au fil des siècles, les tremblements de terre, les reconstructions gothiques et les remaniements ont eu raison de leur chevet d’origine. Cinq seulement ont conservé le type complet — c’est-à-dire l’intégralité de la silhouette voulue par leurs bâtisseurs au XIIe siècle.
Elles sont toutes situées dans un rayon d’une cinquantaine de kilomètres autour de Clermont-Ferrand. On peut les visiter en deux jours, ou en une longue journée pour les plus pressés. Toutes sont ouvertes librement et gratuitement.
Qu’appelle-t-on le « type complet » ?
Tout se joue à l’arrière de l’église, sur ce que les spécialistes appellent le chevet — et que l’on surnomme ici la « pyramide auvergnate ». Vu de l’extérieur, il forme un escalier de volumes de hauteur croissante, chacun coiffé de son propre toit. En partant du bas :
- Les chapelles rayonnantes, disposées en éventail (trois ou quatre — sauf à Saint-Saturnin, qui n’en a pas)
- La chapelle axiale rectangulaire, dans l’axe de l’église (uniquement à Issoire)
- Les absidioles adossées aux bras du transept
- Le déambulatoire, ce couloir qui permet de faire le tour du chœur — indispensable pour laisser défiler les pèlerins devant les reliques sans interrompre l’office
- Le chœur, plus haut
- Le massif barlong : un bloc rectangulaire posé en travers, au-dessus de la croisée du transept. C’est la signature de l’école auvergnate, et l’élément qui donne à ces églises leur élan si particulier
- Et pour couronner l’ensemble, le clocher octogonal
Quand un seul de ces étages manque, le type n’est plus complet. C’est le cas de l’église de Chauriat, dont le chevet roman s’est effondré lors des séismes du XVe siècle, ou de la collégiale d’Ennezat, dont la moitié orientale a été rebâtie en gothique.
Le conseil du visiteur : devant chacune de ces cinq églises, faites-en d’abord le tour par l’extérieur, et gardez la façade ouest pour la fin. En Auvergne romane, elle est presque toujours nue — tout l’art s’est concentré sur le chevet.
LES CINQ EN UN COUP D’ŒIL
| Église | Commune | Ce qui la distingue | Depuis Saint-Saturnin |
|---|---|---|---|
| Notre-Dame | Saint-Saturnin | La plus petite et la plus sobre ; sans chapelles rayonnantes | — |
| Notre-Dame-du-Port | Clermont-Ferrand | Des proportions d’une harmonie presque parfaite | ~20 km |
| Saint-Austremoine | Issoire | La plus vaste ; le chevet le plus imposant ; un intérieur polychrome | ~30 km |
| Saint-Nectaire | Saint-Nectaire | 103 chapiteaux historiés et un trésor exceptionnel | ~30 km |
| Notre-Dame | Orcival | Une Vierge en majesté d’argent et de vermeil | ~45 km |
1 / 5 · Saint-Saturnin
L’église Notre-Dame de Saint-Saturnin
Vers 1150-1157 · Classée en 1862 · Place de l’Église




La plus petite, la plus sobre et la plus tardive des cinq — probablement le dernier des grands édifices de l’Auvergne romane. Elle est aussi la seule à n’avoir ni chapelles rayonnantes ni chapelle axiale, ce qui donne à son chevet une pureté que les autres n’ont pas. Bâtie d’un seul jet, elle en tire une unité rare.
À ne pas manquer : le mariage de l’arkose blonde de Montpeyroux et de la lave sombre de Volvic, qui dessine des damiers et des étoiles sur le chevet ; le clocher octogonal, l’un des mieux conservés d’Auvergne ; le maître-autel en bois doré, venu de la chapelle du château, qui porte les chiffres entrelacés d’Henri IV et de la Reine Margot ; la crypte et la peinture murale du début du XVIe siècle.
Ouverture : tous les jours, 9 h – 18 h de juillet à août, 9 h – 17 h le reste de l’année. Gratuit.
→ L’histoire du village et de son église
2 / 5 · Clermont-Ferrand
La basilique Notre-Dame-du-Port
XIIe siècle · Quartier du Port · À 20 km au nord




Perdue au milieu de la ville noire, celle-ci surprend : elle est blonde. Bâtie en arkose au cœur d’un quartier de lave, elle doit son nom au latin portus, « l’entrepôt » — le vieux quartier marchand de Clermont. Son harmonie presque parfaite est souvent attribuée à l’application du nombre d’or.
À ne pas manquer : le chœur surélevé, entouré d’un déambulatoire sur lequel s’ouvrent quatre chapelles rayonnantes ; les mosaïques de pierres incrustées et les modillons à copeaux du chevet ; la crypte. L’édifice a retrouvé tout son éclat après une restauration complète — l’extérieur de 2003 à 2006, l’intérieur de 2006 à 2008.
La légende veut qu’une première église ait été fondée ici au VIe siècle par saint Avit, évêque de Clermont, détruite par les Normands au IXe, puis relevée deux fois avant l’édifice actuel.
3 / 5 · Issoire
L’abbatiale Saint-Austremoine
XIIe siècle · La plus vaste des cinq · À 30 km au sud




La plus vaste église romane d’Auvergne, et celle qui possède le chevet le plus imposant : elle est la seule à ajouter une chapelle axiale rectangulaire aux chapelles rayonnantes. La pyramide y atteint son développement maximal.
À ne pas manquer : les signes du zodiaque sculptés sur les chapelles du chevet, accompagnés de mosaïques géométriques en basalte — un discours sur l’ordre du cosmos, gravé dans la pierre ; l’intérieur entièrement polychrome, dont les couleurs ont été restituées au XIXe siècle : piliers couverts de motifs floraux, chapiteaux racontant la vie du Christ ; et la grande fresque du Jugement dernier du XVe siècle, traitée avec une verve satirique qui n’a rien perdu de son mordant.
L’abbatiale se dresse au cœur d’un lacis de ruelles médiévales : prévoyez du temps pour le centre ancien d’Issoire.
4 / 5 · Saint-Nectaire
L’église Saint-Nectaire
Vers 1150 · Sur le mont Cornadore · À 30 km au sud-ouest




Saint-Nectaire n’est pas réputé que pour son fromage. Édifiée vers 1150 par les moines de La Chaise-Dieu, dressée sur son piédestal du mont Cornadore, l’église prend des airs de cathédrale dès qu’on s’en approche. Sa façade d’une extrême simplicité contraste violemment avec l’ordonnance du chevet.
À ne pas manquer : les 103 chapiteaux historiés de la nef et du chœur — un record. Cherchez la vie de saint Nectaire racontée en détail dans le chœur, l’âne à la lyre et Moïse sauvé des eaux dans la nef.
Le trésor vaut à lui seul le détour : une Vierge en majesté du XIIe siècle en bois marouflé, un bras-reliquaire, et surtout le buste de saint Baudime, en cuivre doré sur âme de bois. Sa tête et ses mains, fondues, sont dans un état de conservation stupéfiant — certains historiens les soupçonnent d’être bien plus anciennes que le buste lui-même.
5 / 5 · Orcival
La basilique Notre-Dame d’Orcival
1146-1178 · Classée dès 1840 · À 45 km à l’ouest




Bâtie entre 1146 et 1178 en andésite, la pierre volcanique locale, dans un vallon encaissé entre le puy de Dôme et le Mont-Dore. Elle a survécu aux violents séismes de 1477 et 1490, et figure dès 1840 sur la toute première liste des monuments historiques, celle établie à la demande de Prosper Mérimée.
À ne pas manquer : la Vierge en majesté, vers 1170, âme de bois de noyer recouverte de feuilles d’argent et de vermeil. Elle trône dans un chœur inondé de lumière, esquissant un sourire, présentant son enfant au monde en l’encadrant de ses mains. Cherchez aussi, parmi les chapiteaux, le châtiment de l’Avare : un homme avec sa bourse suspendue au cou.
Notre-Dame des Fers. Sur la façade sud du transept sont accrochés des chaînes et des boulets. Ce sont des ex-voto : des prisonniers, qui se disaient libérés par l’intercession de la Vierge, sont venus y déposer leurs fers. Le pèlerinage du jeudi de l’Ascension compte toujours parmi les plus importants d’Auvergne — une procession nocturne conduite par l’évêque de Clermont, la statue portée par des hommes pieds nus.
FAIRE LES CINQ EN DEUX JOURS
Les cinq églises tiennent dans un mouchoir de poche. Voici un circuit qui évite les allers-retours, au départ de Saint-Saturnin.
Jour 1 — le sud
Matin. Saint-Saturnin : l’église, la chapelle Sainte-Magdeleine, le château et les ruelles. Déjeuner sur place.
Après-midi. Descente sur Issoire pour l’abbatiale Saint-Austremoine et le centre médiéval.
Le contraste est saisissant : la plus petite le matin, la plus vaste l’après-midi.
Jour 2 — les montagnes
Matin. Saint-Nectaire : l’église, ses 103 chapiteaux et son trésor. Le fromage se trouve juste en bas.
Après-midi. Route vers Orcival par le Mont-Dore, puis retour sur Clermont-Ferrand pour Notre-Dame-du-Port en fin de journée.
La route Saint-Nectaire – Orcival est l’une des plus belles du département.
Cinq conseils pour bien les visiter
- Commencez par l’extérieur et tournez autour du chevet. C’est là que se lit tout ce qui fait le « type complet ».
- Prenez de la distance. La pyramide de volumes ne se voit bien que de loin, et souvent de trois quarts arrière.
- Levez la tête sur les chapiteaux. Ils racontaient la Bible à ceux qui ne savaient pas lire. Une paire de jumelles légères change tout.
- Venez le matin ou en fin d’après-midi. La lumière rasante fait ressortir les mosaïques de pierres et les reliefs du chevet.
- Respectez les offices. Ces cinq édifices sont des églises en activité, pas des musées. La visite est libre en dehors des célébrations.
Pour aller plus loin
Si le roman auvergnat vous a pris, poursuivez avec les « majeures de type incomplet », tout aussi belles mais amputées de leur chevet d’origine : Saint-Julien de Chauriat, dont le chevet roman s’est effondré aux séismes du XVe siècle, et la collégiale d’Ennezat, mi-romane mi-gothique. Le contraste est instructif : on comprend d’un coup ce que les cinq autres ont conservé.
Vous passez par Saint-Saturnin ? Le village se visite à pied en une heure : l’église, la chapelle Sainte-Magdeleine, le château royal, la fontaine Renaissance de la place de l’Ormeau. Un bistrot, une épicerie et une boulangerie vous attendent au retour.
Horaires et distances donnés à titre indicatif ; vérifiez auprès de chaque site avant de vous déplacer. Page mise à jour en juillet 2026.
