À deux kilomètres de Saint-Saturnin, accroché au versant sud du plateau de la Serre, Chadrat tourne le dos au vent du nord et fait face au soleil. Cette orientation n’a rien d’un hasard : c’est elle qui a fait de ce hameau, pendant des siècles, un village de vignerons.
Il en a gardé les maisons de pierre ocrée coiffées de tuiles canal, les ruelles escarpées, les terrasses — et surtout une singularité que peu de villages peuvent revendiquer : un réseau de fontaines installé en 1902 et qui coule sans interruption depuis.
Entrée sud

Entrée nord

1902 : l’eau arrive au village
Avant cette date, il fallait aller chercher l’eau, la porter, la rationner. En 1902, la commune installe à Chadrat un réseau de sept fontaines, alimentées par une même source et construites sur un modèle identique. Elles jalonnent le village dans sa longueur, de sorte qu’aucune maison ne se trouve à plus de quelques dizaines de mètres de l’une d’elles.
Cette eau n’est pas ordinaire. Elle a traversé les couches de basalte et de calcaire du plateau de la Serre avant de ressortir ici — le même calcaire à stromatolithes qui a servi à bâtir les maisons du hameau.
Le réseau fonctionne sans interruption depuis plus de cent vingt ans. La dernière fontaine, en sortie haute du village, est complétée d’un abreuvoir : les troupeaux sont toujours là.
LES FONTAINES DE CHADRAT
Chacune porte le nom du quartier, de la rue ou de la famille auprès de laquelle elle se trouve. Les suivre l’une après l’autre, c’est faire le tour du village sans avoir besoin de plan.
Fontaine Lacoux

Place du Docteur Pignol

Fontaine Cellier

Fontaine de l’école

Fontaine de la Gazenne

Fontaine de la Pougère

Fontaine des Coues

Fontaine de Champ Grand

Fontaine et lavoir du Bac

LES LAVOIRS
Le lavoir du centre du village est plus ancien que les fontaines. Couvert, il protégeait les laveuses de la pluie et du soleil — un luxe que bien des communes n’offraient pas. Jusqu’au milieu du XXe siècle, on y venait plusieurs fois par semaine, à genoux sur une planche, battoir à la main. C’était le lieu de travail des femmes du hameau, et accessoirement celui où circulaient toutes les nouvelles.
Le lavoir extérieur

Le nouveau lavoir

UN VILLAGE DE VIGNERONS
Au milieu du XIXe siècle, le vignoble auvergnat est florissant et Chadrat est cerné de vignes. Les coteaux de la Serre, exposés plein sud, en sont couverts jusqu’à la crête.
Lire une maison vigneronne
Elles sont toutes bâties sur le même principe, et il suffit de lever les yeux pour le vérifier :
- Au rez-de-chaussée, le cellier — de plain-pied avec la rue, avec une large ouverture pour rentrer les cuves et les tonneaux. C’est là qu’on faisait le vin.
- À l’étage, l’habitation — accessible par un escalier extérieur en pierre, souvent doublé d’une galerie couverte.
- Sous le toit, le séchoir — pour les récoltes, ventilé par de petites ouvertures.
Entre ces maisons de travail se glissent quelques demeures bourgeoises bien plus vastes : celles des propriétaires terriens, qui disent la richesse que la vigne a pu apporter ici.
Puis vint le phylloxéra, et le vignoble ne s’en releva pas. Les terrasses sont retournées à la friche, les cabanes de vigne se sont enfouies sous les ronces. Vers 1960, il ne restait qu’une centaine d’habitants à Chadrat.
À voir en flânant
- L’église. Les habitants de Chadrat, qui dépendaient de la paroisse de Saint-Saturnin, ont tenu à bâtir la leur. Accueillante et sans prétention, elle ressemble au village.
- Le four banal, remis en service à l’occasion — le four collectif où chaque famille venait cuire son pain.
- L’ancien cimetière, désaffecté en 1891, où quelques stèles tiennent encore debout dans l’herbe.
- La croix forgée de la Boria, au croisement des chemins de Chadrat et de Saint-Saturnin. C’est de là qu’on a le plus beau panorama sur les contreforts d’Auvergne, plaines et montagnes réunies.
- Les panneaux d’interprétation disposés dans le village, qui racontent son histoire et celle des fontaines.
DES MURS VIEUX DE VINGT-TROIS MILLIONS D’ANNÉES
Voici la curiosité la mieux gardée du hameau, et elle est sous vos yeux dès que vous regardez un mur.
Chadrat est bâti au contact du plateau de la Serre et de la plaine de Limagne, à l’endroit exact où affleure un calcaire fossilifère déposé il y a une vingtaine de millions d’années au fond d’un immense lac. Les maçons ont pris la pierre sur place. Résultat : les maisons du village sont construites en stromatolithes — ces concrétions feuilletées formées par des colonies de cyanobactéries, parmi les plus anciennes traces de vie sur Terre.
Approchez-vous d’un moellon et cherchez les fines rayures parallèles, parfois ondulées : chacune correspond à une génération de bactéries. Les mêmes couches ont livré des poissons fossiles, dont une espèce décrite pour la première fois au monde à partir de Chadrat en 2016.
→ Tout savoir sur les stromatolithes et les fossiles de Chadrat
AUTOUR DU VILLAGE
Les cabanes de la Serre
Sur le plateau qui domine le hameau, vingt-trois cabanes en pierre sèche ont été recensées dans les anciennes friches viticoles, avec leurs murets et leurs escaliers.
Le Chemin des bâtisseurs de paysages les relie.
→ Les cabanes en pierre sèche
Le site de Montépo
Un sentier de découverte balisé, jalonné de panneaux, mène à l’affleurement de stromatolithes entretenu par l’association ARKOSE.
En mai et juin, les pelouses sèches alentour se couvrent d’orchidées sauvages.
Visiter Chadrat
- À 2 km de Saint-Saturnin, par la D96. Le hameau se visite à pied en trois quarts d’heure.
- Des visites guidées du hameau sont proposées en saison, en complément de celles du bourg.
- Le village est tout en longueur et en pente : de bonnes chaussures sont préférables.
- Un défibrillateur est installé place Pignol, sous l’abribus.
- L’ancienne école abrite désormais la salle des fêtes de la commune, qui se loue aux particuliers.
Chadrat est un village habité, pas un musée. Les cours et les jardins sont privés : on regarde depuis la rue.
Vous connaissez le nom d’une fontaine que nous n’avons pas ? Ou l’origine de ces noms — Lacoux, la Gazenne, la Pougère, les Coues ? Ces toponymes viennent souvent de l’occitan ou d’un nom de famille, et ce savoir ne tient qu’à la mémoire de quelques personnes. Écrivez-nous.
Photographies : saint-saturnin.com. Page mise à jour en juillet 2026.
