LES GEYSERS DES SOURCES DE SAINTE MARGUERITE

À une vingtaine de minutes de Saint-Saturnin, au bord de l’Allier, un jet d’eau surgit du sol toutes les vingt minutes. On s’assoit sur un banc, on attend. Le bassin se met à bouillonner de plus en plus fort, puis l’eau part vers le ciel dans un grondement, pendant quatre à cinq minutes. Puis le silence revient.

Les sources de Sainte-Marguerite forment l’un des sites les plus étonnants du Puy-de-Dôme : une quinzaine de sources d’eau minérale gazeuse réparties dans un ancien parc thermal du XIXe siècle, aujourd’hui rendu à la végétation. C’est gratuit, c’est en accès libre, et c’est l’une des plus belles promenades à faire depuis le village.

Où est-ce exactement ?

Le site ne se trouve pas à Saint-Saturnin même, mais au lieu-dit Sainte-Marguerite, sur la commune de Saint-Maurice(-ès-Allier), en rive droite de l’Allier, entre Les Martres-de-Veyre et Mirefleurs. Comptez une vingtaine de minutes de route depuis le village — c’est l’excursion d’une demi-journée par excellence.

Stationnement à Sainte-Marguerite, face à l’usine d’embouteillage. Le sentier du Geyser, balisé, part de là et longe la rivière.


POURQUOI L’EAU JAILLIT-ELLE ?

Contrairement à ce qu’on imagine en entendant le mot « geyser », il ne s’agit pas ici d’eau bouillante. Rien à voir avec l’Islande ou le Yellowstone. L’eau qui jaillit à Sainte-Marguerite est fraîche — une vingtaine de degrés, pas davantage. On peut y tremper la main.

Le moteur du phénomène n’est pas la chaleur, mais le gaz carbonique. Le sous-sol auvergnat, hérité du volcanisme, en libère en quantité considérable. Ce CO₂ se dissout dans l’eau souterraine sous pression et remonte avec elle.

Le principe de la bouteille de limonade

Imaginez une bouteille d’eau gazeuse qu’on aurait secouée. Le gaz s’accumule, la pression monte, et au moment où elle devient suffisante, tout part d’un coup.

C’est exactement ce qui se passe dans le conduit de la source. Le gaz carbonique s’accumule lentement au fond du tube pendant une vingtaine de minutes. Quand la pression dépasse le poids de la colonne d’eau, celle-ci est expulsée vers la surface — mousseuse, laiteuse — pendant quatre à cinq minutes. Puis le conduit se remplit à nouveau, et le cycle recommence.

Un détail qui surprend : au moment du jaillissement, une odeur d’œuf pourri se dégage. C’est le sulfure d’hydrogène contenu dans l’eau. En plein air, elle se disperse en quelques secondes — mais elle fait partie de l’expérience.

Une précision d’honnêteté : le geyser de la source Brissac n’est pas un geyser sauvage. C’est une source naturelle captée et canalisée dans un tube métallique, installé lors de forages dans les années 1920. Le phénomène, lui, est parfaitement naturel — c’est le gaz du sous-sol qui pousse — mais le tuyau concentre le jet et régularise le cycle. Sans lui, l’eau se contenterait de bouillonner à la surface, comme elle le fait ailleurs sur le site.


LA SOURCE BRISSAC, DITE « LA MERVEILLEUSE »

C’est la vedette du site, et le moment le plus attendu du parcours. À première vue, rien : un bassin calme, un banc, un tube au centre. Puis le bouillonnement commence, s’amplifie, et l’eau part.

  • Fréquence : toutes les 20 à 22 minutes environ
  • Durée : 4 à 5 minutes
  • Hauteur du jet : environ 2 mètres
  • Température de l’eau : autour de 24 °C
  • Couleur : blanchâtre, presque laiteuse, à cause des minéraux en suspension

Le conseil : si vous arrivez juste après une éruption, ne repartez pas. Vingt minutes, c’est le temps de faire le tour des autres sources et de revenir s’asseoir. Le grondement qui monte vous préviendra.


LE TOUR DES SOURCES

Le site en compte une quinzaine, chacune abritée sous son édicule de pierre ou de bois. Certaines bouillonnent doucement, d’autres se contentent de laisser filer des chapelets de bulles. Toutes déposent autour d’elles des concrétions ocre et blanches, signature des eaux minérales.

La source de la Chapelle

La plus légère en minéraux, et la seule qui soit encore exploitée : c’est elle que l’on met en bouteille, dans l’usine voisine. Elle doit son nom à l’oratoire dédié à sainte Marguerite qui se trouve à quelques pas — une petite chapelle dont la fresque a conservé de belles couleurs, malgré les dégradations qui ont conduit à mettre la statue à l’abri.

La source Valois, ou source de la Grotte

Beaucoup la désignent comme la plus belle du site. Elle est logée dans une construction de roche volcanique percée d’ouvertures : quand le soleil passe au travers, la lumière joue sur l’eau et les parois. Une raison de plus de venir en matinée.

La source du Héron

Abritée sous un dôme de bois. Les pierres blanchies tout autour disent l’ancienneté du dépôt minéral : chaque goutte laisse sa trace, année après année.

La source du Héron, sous son dôme de bois

La source du Tennis

Son nom rappelle qu’il y avait ici un court de tennis, du temps où la station accueillait des curistes pour de longs séjours. Elle se trouve sur le sentier du Geyser, au bord de l’Allier.

La source de l’Île

La plus proche de la rivière. Sur les rives de l’Allier, on aperçoit également des émergences de gaz carbonique à même le lit : de longs chapelets de bulles qui remontent tout seuls, sans source visible. Le sous-sol respire.

Cherchez aussi le petit lanternon de la source Robinet, ancienne buvette où les curistes venaient boire au robinet, et le captage surmonté d’un improbable château fort miniature, escalier et remparts compris — la fantaisie d’un architecte thermal du XIXe siècle.


DEUX MILLE ANS DE THERMALISME

Ce parc à demi retourné à la friche fut, pendant des siècles, un lieu de soins réputé.

Les Romains connaissaient déjà ces eaux. Les fouilles ont livré des canalisations en terre cuite et des structures d’hypocaustes — le chauffage par le sol des thermes antiques — témoignant d’une activité intense. Certains y voient l’emplacement d’Aquis Calidis, ville d’eaux mentionnée dans les itinéraires antiques et jamais localisée avec certitude. Les crues de l’Allier ont emporté l’essentiel des vestiges.

Au XIXe siècle, la station connaît son âge d’or. À la belle saison, elle soigne jusqu’à 600 curistes par jour, venus traiter le foie et l’estomac. Les eaux, riches en bicarbonate de soude et en chlorure de sodium, avaient leur réputation bien au-delà de l’Auvergne. C’est de cette époque que datent le parc, les édicules de pierre, les buvettes — et le court de tennis qui a donné son nom à une source.

Au XXe siècle, le thermalisme décline mais l’embouteillage prend le relais : la source de la Chapelle est commercialisée à partir de 1929. L’ancien établissement est finalement abandonné en 1993. La marque est reprise dans les années 1990 par le groupe Intermarché, qui construit une usine moderne juste en face — et l’eau de Sainte-Marguerite continue de couler, en bouteille cette fois.

Les bâtiments de l’ancienne station, laissés à l’abandon, se dégradent lentement au milieu du parc. Ils ne se visitent pas, mais leur silhouette ajoute au charme mélancolique du lieu.


PRÉPARER SA VISITE

En pratique

  • Accès libre et gratuit, toute l’année
  • Durée : comptez 1 h 30 à 2 h pour faire le tour sans se presser et voir le geyser
  • Parcours plat, facile, adapté aux enfants — mais chaussures fermées conseillées, le sol est humide par endroits
  • À pied : environ trois quarts d’heure de marche depuis les hauteurs de Longues

Un site fragile

Le parc est une propriété privée dont l’accès est toléré, et le secteur est classé Natura 2000 pour la richesse des milieux humides de la vallée de l’Allier.

Restez sur les sentiers, ne grimpez pas sur les édicules, n’emportez rien — pas même une concrétion. La chapelle a déjà subi des dégradations. Ce site tient debout parce que ceux qui le visitent en prennent soin.

Faire la journée complète

Les sources se trouvent entre Les Martres-de-Veyre et Mirefleurs, à une vingtaine de minutes de Saint-Saturnin. De quoi combiner facilement, dans la même journée :

  • Le matin : le village de Saint-Saturnin, son église romane, son château royal et ses ruelles
  • Le midi : déjeuner au village, ou pique-nique au bord de l’Allier
  • L’après-midi : les sources de Sainte-Marguerite et le sentier du Geyser

Vous connaissez le site ? Les conditions d’accès et l’état des sentiers évoluent. Si vous constatez un changement, signalez-le-nous : cette page est consultée par de nombreux visiteurs qui préparent leur venue.

Photographies : saint-saturnin.com. Informations données à titre indicatif — le site n’est pas un équipement touristique aménagé et son accès dépend du bon vouloir du propriétaire. Page mise à jour en juillet 2026.

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