Découverte du site de Montepo

À Chadrat, personne ne parle de « site archéologique » ni de « réserve naturelle ». On dit simplement Montépo. Et pourtant, sur ce coteau qui domine la Limagne, se superposent des fossiles vieux de 25 millions d’années, quatorze terrasses de vigne abandonnées puis sauvées de la friche, un rapace menacé qui y chasse encore, et le souvenir d’une œuvre d’art contemporain qui n’y est plus.

Le hameau de Chadrat dépend de la commune de Saint-Saturnin, à quelques minutes de route du bourg par la route qui grimpe vers la Montagne de la Serre. Comptez une heure quarante-cinq pour la boucle complète, mais on peut largement s’attarder.


UN COTEAU FAÇONNÉ PAR LA FAILLE DE LIMAGNE

Montépo occupe les flancs calcaires de la Montagne de la Serre, au-dessus du hameau de Chadrat. Ce nom n’est pas ancien : c’est celui d’un lieu-dit qui avait disparu des mémoires après les remembrements du siècle dernier, et que l’association Arkose a choisi de ressusciter au début des années 2000 pour désigner ce secteur — afin d’éviter la confusion avec un autre lieu-dit voisin, « Les Côtes ». Depuis 2001, l’association œuvre ici à la réhabilitation d’un patrimoine à la fois géologique et vernaculaire.

La Montagne de la Serre domine la partie sud de la plaine de la Limagne et se rattache à l’ensemble géologique de la faille de Limagne, reconnu au niveau mondial aux côtés de la Chaîne des Puys. Depuis le sentier en balcon qui longe les anciennes terrasses, la vue porte loin sur cette dépression et sur le volcanisme qui lui est associé — des panneaux explicatifs, installés sur place, permettent d’en comprendre la formation.


LES STROMATOLITHES, UN FOSSILE HORS NORME

Ce qu’il ne faut surtout pas manquer

Il y a environ 30 millions d’années, à l’Oligocène, la plaine de la Limagne était occupée par un vaste lac. Au fond de ce lac, des colonies de cyanobactéries ont piégé et cimenté des sédiments calcaires, couche après couche, formant peu à peu une dalle de calcaire concrétionné pouvant atteindre plusieurs mètres d’épaisseur. Là où l’érosion a depuis entaillé cette dalle, elle met à nu une petite falaise : celle de Chadrat, l’un des sites de référence en France pour observer la structure interne de ces stromatolithes, parmi les plus anciennes traces de vie connues sur Terre.

Le phénomène n’a rien d’anecdotique : il raconte la naissance même du paysage qui nous entoure, à l’époque où la Limagne s’effondrait le long de la faille qui porte son nom. On retrouve d’ailleurs parfois, incrustés dans les murs en pierre sèche du village ou les murets des terrasses, des blocs de stromatolithe récupérés par les bâtisseurs d’autrefois — sans qu’ils en connaissent l’origine.


QUATORZE TERRASSES ARRACHÉES À LA FRICHE

Avant d’être un site géologique, Montépo fut pendant deux siècles un terroir viticole. Le coteau porte encore les traces de quatorze terrasses cultivées, soutenues par des murets de pierre sèche, où l’on faisait pousser la vigne jusqu’à l’abandon progressif de cette activité dans les années 1940. Le maquis a ensuite repris ses droits pendant plus d’un demi-siècle.

Hier : un terroir de vigne

Escaliers, murets, cabanes de vignerons et de bergers, aiguiers pour recueillir l’eau : autant de traces d’un passé agricole que la friche avait fini par engloutir, faute d’exploitants après-guerre.

Aujourd’hui : un patrimoine exhumé

Depuis 2001, l’association Arkose débroussaille, dégage et restaure ce patrimoine en pierres sèches, avec le soutien de la commune et de la Fondation Chaîne des Puys – faille de Limagne. Un sentier de découverte permet aujourd’hui de le parcourir.

Tout près de là, à une centaine de mètres du parking de Chadrat, un second secteur aménagé par Arkose — le site de Chaumeix — présente lui aussi des terrasses et des abris en pierre sèche, pour qui souhaite prolonger la balade.


LE MILAN ROYAL, LES ORCHIDÉES ET LE TROUPEAU

Classé au cœur du Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne, le coteau de Montépo profite de ses pelouses sèches et de son exposition pour accueillir une biodiversité que sa discrétion protège plutôt bien.

En mai et juin, plusieurs espèces d’orchidées sauvages fleurissent sur les pentes, dont l’orchis pourpre. Le ciel, lui, appartient parfois au milan royal — reconnaissable à sa queue en V, sa tête claire et ses ailes contrastées de roux — qui vient chasser sur ces terrains ouverts ; l’espèce, en déclin, fait l’objet de programmes de suivi avec la Ligue de Protection des Oiseaux, et l’Auvergne compte parmi ses derniers bastions. Au sol, les blaireaux creusent leurs terriers familiaux, parfois vieux de plusieurs générations.

Depuis 2023, un troupeau mobile pâture le site chaque printemps pour entretenir le sentier de découverte et les pelouses, en l’absence d’éleveurs locaux sur ce secteur — une initiative portée conjointement par le Parc, le lycée agricole de Rochefort-Montagne et le Département du Puy-de-Dôme.


L’ŒUVRE DU FESTIVAL HORIZONS, ET SON RETRAIT

Montépo a un temps accueilli une œuvre du festival Horizons, arts nature en Sancy, qui installe chaque année des créations contemporaines en pleine nature dans le massif. Le dôme rougeoyant intitulé Lava, signé des architectes-plasticiens Nicolas Grun et Pierre Laurent, avait ainsi trouvé place sur le coteau : une structure que l’on pouvait explorer de l’intérieur, en se perdant d’une cellule à l’autre dans un réseau de fissures.

L’œuvre a depuis été retirée du site. Il ne s’agit ni d’un acte de vandalisme ni d’une dégradation accidentelle, mais d’une décision de la municipalité de Saint-Saturnin, motivée par l’absence de convention formalisée sur le long terme avec l’artiste et par la volonté de recentrer la réhabilitation du site sur son patrimoine vernaculaire — murets et cabanes en pierres sèches — et géologique. Ne soyez donc pas surpris si vous ne retrouvez pas cette installation en vous promenant aujourd’hui : elle appartient déjà à l’histoire récente du lieu.


EN PRATIQUE

Le sentier en balcon offre au passage de belles échappées sur le village médiéval de Saint-Saturnin et son château — un village qui possède lui-même l’une des cinq grandes églises romanes majeures d’Auvergne. La boucle, si elle grimpe un peu sur le coteau, reste accessible à toute la famille.

En pratique

  • Accès : depuis l’A75, sortie 5, direction Saint-Amant-Tallende, puis Saint-Saturnin par la D8 ; rejoindre ensuite le hameau de Chadrat.
  • Départ et parking : place de la Gazenne, à Chadrat (abri-bus, containers de recyclage et fontaine).
  • Le circuit : boucle classée « facile », environ 5,9 km, 1h45, avec un peu de dénivelé (+155 m / -151 m) lors de la remontée du coteau. Suivez les panneaux en bois peints en rouge.
  • Chiens : admis en laisse — un troupeau pâture régulièrement les lieux.
  • Bon à savoir : emportez vos déchets et respectez les espèces sauvages et domestiques que vous croiserez.

→ Les autres balades aux alentours de Saint-Saturnin

→ Les cinq églises romanes majeures d’Auvergne

Photographies : saint-saturnin.com. Informations données à titre indicatif. Page mise à jour en juillet 2026.

Retour en haut