LA SAUVETAT

Sur l’A75, entre Clermont-Ferrand et Issoire, un donjon rond surgit de la plaine puis disparaît aussitôt. La plupart des voitures passent sans s’arrêter. C’est dommage : derrière cette silhouette se cache l’un des forts villageois les mieux conservés d’Auvergne — une ancienne commanderie des Hospitaliers, un trésor d’orfèvrerie médiévale, quatre-vingt-huit caves de vignerons et onze fontaines, le tout serré dans un lacis de ruelles qui n’a pratiquement pas bougé depuis le XIIIe siècle.

Le village est à quelques kilomètres de Saint-Saturnin, un petit quart d’heure de route. Il se visite à pied, lentement, une ruelle après l’autre.


LE FORT ET LA COMMANDERIE

Le nom dit déjà l’essentiel. Une « sauveté » était, au Moyen Âge, un lieu d’asile placé sous la paix de Dieu : quiconque s’y réfugiait était protégé. Le territoire était délimité par des croix de bornage — trois subsistent encore à la périphérie du village.

Le bourg naît à la fin du XIIIe siècle, dans une cuvette marécageuse assainie, à deux pas de la grande route nord-sud. Son essor tient à l’arrivée des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, qui y établissent une commanderie. Cet ordre à la fois religieux et militaire soigne les voyageurs et distribue l’aumône ; quand la guerre de Cent Ans rend les campagnes dangereuses, il prend en main la défense collective.

Les Hospitaliers bâtissent alors un fort à deux enceintes pour mettre à l’abri hommes et récoltes. L’enceinte extérieure était flanquée de huit tours ; il en reste trois. Au cœur du dispositif, la commanderie dessinait un quadrilatère autour d’une tour carrée, d’une chapelle romane et d’un château. Le plan général a été remarquablement conservé : arpenter les ruelles aujourd’hui, c’est faire un véritable voyage dans le temps.


LE DONJON ET LA PORTE SAINT-JEAN

C’est lui qu’on voit de loin. Le donjon circulaire, élevé au XIIIe siècle, dresse ses vingt-quatre mètres au-dessus des toits et marque tout le paysage de la Limagne. À l’intérieur, trois étages voûtés que couronne aujourd’hui un beffroi. On y accédait autrefois après avoir franchi deux portes fortifiées — la tour était le dernier refuge, le point le plus sûr de la cité.

La tour ronde est classée Monument Historique depuis 1958. Sur le mur d’enceinte, on retrouve, répétées, les armoiries du commandeur de l’ordre. Du sommet, le panorama porte loin sur la plaine et les volcans.

Autre signature du lieu : la porte Saint-Jean, du XIVe siècle, emblème de la cité. Elle a conservé sa bretèche en encorbellement, percée d’une archère — de quoi arroser de projectiles quiconque s’y présentait sans être invité.


L’ÉGLISE ET LA VIERGE EN MAJESTÉ

L’église Saint-Jean-Baptiste n’est autre que l’ancienne chapelle romane de la commanderie, transformée et agrandie au XIXe siècle. Elle abrite le vrai trésor du village.

Ce qu’il ne faut surtout pas manquer

La Vierge en majesté, qui vaut à elle seule le déplacement. Sur une âme de bois sont assemblées des plaques de cuivre doré, dont certaines rehaussées d’émaux champlevés de Limoges aux bleus profonds. L’œuvre remonte au XIIIe siècle et figure parmi ces Vierges romanes d’Auvergne assises, présentant l’Enfant de face.

Elle est classée Monument Historique au titre des objets depuis 1897 — l’un des tout premiers classements du genre dans le département. Prenez le temps de vous en approcher : le travail d’orfèvrerie se lit dans le détail.


LES LOGES, LE VIN ET LES FONTAINES

En parcourant les ruelles, on longe des dizaines de petites bâtisses accolées au mur d’enceinte : les loges, ou « forts ». Une cave voûtée au rez-de-chaussée, un cuvage, un étage au-dessus. À l’origine des refuges temporaires, elles ont été reconverties en caves de vignerons au XIXe siècle, quand La Sauvetat vivait de la vigne au cœur de la Limagne viticole.

C’est cette vocation viticole qui a sauvé le fort : sans elle, le quartier fortifié serait tombé en ruine. Les familles sauvetatoises n’ont jamais abandonné leur loge — on en compte encore quatre-vingt-huit, restées lieux de convivialité. Chaque décembre, le célèbre marché de Noël investit les caves de l’ancienne commanderie, avec une centaine de producteurs et l’odeur du vin chaud dans les venelles.

Détail que l’on remarque vite : l’eau. Là où bien des villages ont perdu leurs fontaines à l’arrivée de l’eau courante (1956, ici), La Sauvetat en a préservé onze. Elles ponctuent la promenade et rappellent, avec la « coulée verte » du ruisseau du Charlet, combien le village tenait à cette ressource.


VISITER AUJOURD’HUI

Si le fort tient encore debout, c’est aussi grâce à une poignée de passionnés. Depuis 1984, l’association des Amis de la Commanderie restaure et fait revivre le quartier des forts — plus de quinze bâtiments remis en état à ce jour. De cette aventure est né en 2022 le Conservatoire des Forts villageois, adossé aux travaux du médiéviste Gabriel Fournier et à un comité scientifique universitaire.

Trois maisons restaurées se visitent : la Maison des Forts, qui raconte l’histoire et la topographie des fortifications, la Maison Vaudel et la Maison Moïse, consacrées aux Hospitaliers. Pour le reste, le plus simple est de suivre le circuit découverte (environ 1,5 km, une heure), à faire librement — l’application Rando Arvernes le commente pas à pas.

En été

En juillet et août, des visites guidées du village et du fort sont organisées, parfois suivies d’une dégustation de vins. Renseignements à l’office de tourisme.

Hors saison

Les Amis de la Commanderie proposent des visites pour les groupes, sur réservation, toute l’année. Une belle façon d’entrer dans les loges qui, sinon, restent closes.

En pratique

  • Depuis Saint-Saturnin : quelques kilomètres, un petit quart d’heure de route.
  • Situation : à mi-chemin entre Clermont-Ferrand et Issoire, dans la plaine de la Limagne. Environ 700 habitants. Accès par l’A75, sortie 6.
  • Le fort se parcourt à pied : ruelles étroites et pavées, dénivelés. Prévoyez de bonnes chaussures et laissez la voiture aux abords.
  • Circuit découverte d’environ 1,5 km, en accès libre, avec l’application Rando Arvernes.
  • Visites guidées en juillet-août (village + fort, parfois avec dégustation) ; groupes sur réservation auprès des Amis de la Commanderie le reste de l’année.
  • Le marché de Noël dans les caves de la commanderie est un temps fort : vérifiez les dates en fin d’année.
  • Bon à savoir : la couverture mobile est aléatoire dans le village — téléchargez le circuit avant d’arriver.

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Photographies : saint-saturnin.com. Informations données à titre indicatif ; horaires et modalités de visite variables selon la saison, à vérifier avant de partir. Page mise à jour en juillet 2026.

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