À une vingtaine de minutes de Saint-Saturnin, au-dessus d’Aydat, le puy de la Combegrasse ressemble à une colline paisible. Il faut savoir qu’en août 1922, cinquante hommes venus de quatre pays s’y sont jetés dans le vide, accrochés à des machines de bois et de toile — et que le vol à voile français est né là.
C’est aussi un volcan singulier, un panorama à 360 degrés et une petite randonnée facile que l’on peut faire en famille. Trois bonnes raisons d’y monter.


AOÛT 1922 : LE VOL À VOILE FRANÇAIS NAÎT ICI
Au début des années 1920, la France a un problème : les Allemands volent sans moteur, et elle ne sait pas comment ils font. Sur les pentes de la Wasserkuppe, dans la Rhön, leurs planeurs tiennent en l’air des heures entières. À Paris, le sous-secrétariat de l’Aéronautique s’agace de ce retard.
D’où l’idée d’un congrès expérimental d’aviation sans moteur, organisé par l’Association française aérienne et l’Aéro-club d’Auvergne, avec l’appui du ministère de la Guerre. Il se tient du 6 au 20 août 1922 sur les pentes du puy de la Combegrasse, dont la commune d’Aydat prête les terrains.
Ce qu’il faut imaginer
Les organisateurs espéraient quinze candidats. Cinquante se présentent, venus de France, d’Allemagne, de Suisse et des États-Unis, attirés par cent mille francs de primes. Pour être admis, il fallait prouver qu’on savait voler au moins dix secondes sur une centaine de mètres.
Les machines sont artisanales — certaines évoquent une luge munie de voiles. On les lance au treuil, ou à l’élastique tendu par un groupe d’hommes. Et pour remonter les planeurs au sommet après chaque vol, les paysans du coin prêtent leurs attelages de vaches.
Le record de durée revient à Lucien Bossoutrot : à peine plus de cinq minutes. Au même moment, en Allemagne, on tient trois heures.
Le choix du site fut d’ailleurs critiqué par la suite : les vents s’y révélèrent presque inexistants, ou mal orientés. Les organisateurs, qui ignoraient tout des caractéristiques de la Wasserkuppe, avaient simplement cherché une hauteur d’où décoller et des terrains plats autour pour se poser.
Peu importe. Malgré les résultats modestes, le congrès de Combegrasse reste l’acte fondateur du vol à voile en France : un sport y est né. Le treuil, puis l’avion remorqueur, permettront bientôt d’exploiter les ascendances thermiques — un phénomène encore mal compris à l’époque. Un centre permanent sera ensuite installé sur la Banne d’Ordanche.
Une stèle, au sommet, rappelle l’événement. Elle passe inaperçue si l’on ne sait pas ce qu’elle commémore.



UN VOLCAN QUI N’A PAS FAIT DE CÔNE
Le puy de la Combegrasse culmine à 1 121 mètres. Sa silhouette arrondie, presque débonnaire, tranche avec les cônes pointus de la chaîne des Puys — et cela s’explique.
C’est un volcan de type mixte, à la fois strombolien et effusif : il a connu des projections explosives et des coulées de lave. Or son magma, pauvre en silice, était particulièrement fluide. Au lieu de s’accumuler en scories pour bâtir un cône aigu, il s’est répandu en coulées de basalte, empêchant l’édifice de se construire en hauteur. Résultat : un cratère à peine égueulé et une forme largement étalée.
À observer sur le parcours
- Une ancienne carrière de pouzzolane. On y voit de près les scories — de petites roches criblées de trous, noires, gris foncé ou rouge brique. Cette couleur rouge vient de l’oxydation du fer par la chaleur du cratère.
- Des bombes volcaniques, plus grosses et souvent de forme allongée : des blocs de lave projetés en l’air, qui se sont modelés en tournant sur eux-mêmes avant de retomber.
- Des tables d’orientation au sommet, qui aident à nommer ce que l’on voit.
Le panorama est à 360 degrés : la chaîne des Puys au nord avec le puy de Dôme, les monts Dore au sud, et derrière eux le massif du Sancy. Longtemps caché par une forêt dense, le sommet a été rouvert à partir de 2012 grâce à des travaux de débroussaillage et de mise en valeur paysagère.
LA RANDONNÉE
| Départ | Parking en bord de D983, commune d’Aydat |
| Distance | 3,2 km en boucle |
| Dénivelé | environ 80 m |
| Durée | 1 h 30 avec les arrêts |
| Balisage | sentier jaune (PR) |
| Difficulté | facile — parcours familial, praticable toute l’année |
Une version longue de 9,8 km (environ 214 m de dénivelé) permet d’ajouter le puy de l’Enfer et de traverser une plus grande diversité de paysages volcaniques.
La narse d’Espinasse : un milieu fragile
Au pied du puy s’étend une tourbière — une narse, en auvergnat. Ces zones humides mettent des millénaires à se former et abritent une flore rare et protégée.
Restez sur les sentiers, ne cueillez rien, ne faites pas de feu. Un pas de travers dans une tourbière abîme pour des décennies.



Le puy de la Combegrasse est à une vingtaine de minutes de Saint-Saturnin, en passant par Aydat. De quoi combiner facilement la visite du village le matin et la randonnée l’après-midi.
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Distances, durées et conditions d’accès données à titre indicatif. Page mise à jour en juillet 2026.
