Le nom du village raconte déjà tout. Neschers viendrait de « Nez de Cheire » — l’endroit où s’arrête la coulée de lave. Celle-ci est partie du volcan Tartaret, près de Murol, a dévalé la vallée de la Couze Chambon sur des kilomètres, et s’est immobilisée ici, à la fin de la préhistoire.
Le village est en partie bâti dessus. Et sous cette coulée, un curé du XIXe siècle a mis au jour l’un des gisements préhistoriques les plus précieux d’Auvergne — dont l’essentiel se trouve aujourd’hui à Londres.


LE BOUT D’UNE COULÉE DE LAVE
À la fin de la préhistoire, le Tartaret entre en éruption. Ce petit volcan, aujourd’hui posé au fond de la vallée près de Murol, produit une coulée de lave qui fait deux choses.
D’abord, elle barre la vallée et crée le lac Chambon. Puis elle poursuit sa route en suivant le lit de la Couze Chambon, kilomètre après kilomètre, jusqu’à venir mourir ici.
Ce qu’il faut regarder en arrivant
La coulée est encore là, et elle est massive. Au niveau du village, qu’elle porte en partie, elle atteint par endroits quinze mètres d’épaisseur. Elle longe la rive droite de la Couze en lui présentant des parois abruptes.
Ce mur de basalte sombre, au-dessus de la rivière, n’est pas une falaise ordinaire : c’est le front d’une rivière de roche en fusion, figée là il y a une dizaine de milliers d’années. Le « nez » de la cheire.
Le nom du village a peut-être une autre origine — certains le font venir de Nicet, ou Nicétius, comte d’Auvergne au bas Moyen Âge. Mais les deux hypothèses cohabitent depuis longtemps, et celle de la cheire a pour elle le paysage.






LE CURÉ QUI FOUILLAIT LA PRÉHISTOIRE
Voici l’histoire que Neschers mériterait d’afficher à l’entrée du village.
Jean-Baptiste Croizet (1787-1859) était prêtre — et paléontologue, à une époque où la discipline n’existait pas encore vraiment. Entre 1835 et 1842, au lieu-dit Moulin-sous-Chirel, au pied de la coulée du Tartaret, il fouille un gisement d’une richesse exceptionnelle.
Ce qu’il exhume appartient au Magdalénien, la dernière grande culture du Paléolithique supérieur — celle de Lascaux et des harpons en bois de renne. Les datations situent le site autour de 12 500 ans avant le présent.
Pourquoi il faut aller à Londres pour les voir
En 1848, la collection de l’abbé Croizet est achetée par le British Museum. Les vestiges de Neschers ont donc quitté l’Auvergne il y a plus de cent soixante-quinze ans : ils sont conservés au Muséum d’histoire naturelle de Londres.
Parmi eux, un calcanéum — l’os du talon — d’un Homo sapiens adulte. Un morceau d’être humain qui a marché ici il y a douze mille ans, et qui repose aujourd’hui dans une vitrine de South Kensington.
Le gisement lui-même reste mal connu : les méthodes de fouille du XIXe siècle n’ont pas laissé la documentation qu’on souhaiterait. Les chercheurs se demandent encore si le site se trouvait sous la coulée de lave — ce qui en ferait un jalon précieux pour dater l’éruption du Tartaret elle-même. Des analyses menées dans les années 1990 sur les sédiments piégés sous le basalte ont donné une fourchette de 15 300 à 12 100 ans.
Autrement dit : le volcan et les hommes se sont croisés ici. Reste à savoir qui est arrivé le premier.
L’abbé Croizet est mort à Neschers en 1859. Le village a aussi vu naître Marc-Jean Achard-Lavort (1755-1798), prêtre réfractaire pendant la Révolution.
LE VILLAGE AU BORD DE LA COUZE
Blotti au bord de la Couze Chambon, à environ 400 mètres d’altitude, Neschers a gardé les marques de son passé.
- Un très ancien pont, sur un axe emprunté depuis l’époque gallo-romaine, restauré récemment. Franchir la Couze ici n’a jamais été un choix anodin : c’était le passage.
- Des traces de fortifications, vestiges de l’époque où le bourg se défendait.
- D’anciens moulins le long de la rivière. La Couze, rapide et régulière, a fait tourner des roues pendant des siècles.
- Des vestiges agricoles disséminés sur le terroir, dans une commune encore largement occupée par les terres cultivées.








EN PRATIQUE
| Situation | Puy-de-Dôme, au nord-ouest d’Issoire, vallée de la Couze Chambon |
| Altitude | environ 400 m |
| Population | environ 880 habitants — les Neschersois |
| Code postal | 63320 |
| Intercommunalité | Agglo Pays d’Issoire — canton de Vic-le-Comte |
| Mairie | 1 place de la Mairie, 63320 Neschers |
| Depuis Saint-Saturnin | une vingtaine de minutes, par Champeix |
Neschers a longtemps appartenu au canton de Champeix ; le redécoupage de 2015 l’a rattachée à celui de Vic-le-Comte.
Suivre la coulée
Voici une idée de journée pour qui aime comprendre un paysage : remonter la coulée du Tartaret à l’envers. On part de Neschers, où elle s’arrête, on suit la Couze Chambon vers l’amont, et l’on finit au lac Chambon, né du barrage formé par cette même lave, au pied du volcan qui l’a produite.
En chemin, Champeix et son quartier médiéval, puis Saint-Nectaire et son église romane.
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Photographies : saint-saturnin.com. Page mise à jour en juillet 2026.
