SAINT NECTAIRE 63

Beaucoup de gens croient connaître Saint-Nectaire parce qu’ils en ont mangé le fromage. C’est passer à côté de l’essentiel : ce village de six cents habitants réunit l’une des cinq grandes églises romanes d’Auvergne, une station thermale aux quarante sources, des grottes aménagées dès l’époque romaine et l’un des plus beaux ensembles mégalithiques du département.

Le tout à une trentaine de kilomètres de Saint-Saturnin, soit trente-cinq minutes de route. Une journée n’est pas de trop.


L’ÉGLISE, SUR SON PIÉDESTAL

Élevée vers 1150 par les moines de La Chaise-Dieu, dressée sur le mont Cornadore, elle prend des airs de cathédrale dès qu’on s’en approche. C’est l’une des cinq églises romanes majeures d’Auvergne à avoir conservé le « type complet » — cet étagement pyramidal de volumes qui fait la signature de l’école auvergnate.

Sa façade ouest est d’une extrême simplicité, ce qui rend le contraste avec l’ordonnance du chevet encore plus saisissant. Faites-en le tour par l’arrière avant d’entrer.

Ce qu’il ne faut surtout pas manquer

Les 103 chapiteaux historiés de la nef et du chœur — un record pour l’art roman auvergnat. Le chœur raconte en détail la vie de saint Nectaire ; dans la nef, cherchez l’âne à la lyre et Moïse sauvé des eaux. Une paire de jumelles change tout.

Le trésor, qui vaut à lui seul le déplacement : une Vierge en majesté du XIIe siècle en bois marouflé, un bras-reliquaire, et surtout le buste de saint Baudime en cuivre doré sur âme de bois. Sa tête et ses mains, fondues, sont dans un état de conservation stupéfiant — au point que certains historiens les croient bien plus anciennes que le buste lui-même.

→ Les cinq églises romanes majeures d’Auvergne


DEUX VILLAGES EN UN

Saint-Nectaire se divise en deux, et cette dualité raconte toute son histoire.

Saint-Nectaire-le-Haut

Le village ancien, groupé autour de l’église sur son promontoire. Ruelles, maisons de pierre volcanique, et la vue qui porte loin.

Saint-Nectaire-le-Bas

La station thermale, née au XIXe siècle : les thermes, les grands hôtels Belle Époque, l’établissement de cure. Une autre architecture, une autre époque.

Le sous-sol livre ici une quarantaine de sources minérales, dont les vertus thérapeutiques étaient déjà exploitées à l’époque romaine. Le thermalisme moderne s’organise à partir du XIXe siècle, quand les eaux d’Auvergne deviennent une destination mondaine, et les eaux de Saint-Nectaire sont recommandées pour les affections rénales.


LES GROTTES ET LES FONTAINES PÉTRIFIANTES

Les grottes du Cornadore abritent d’anciens thermes romains creusés dans la roche — piscine, étuve, salle de repos. On y mesure l’ancienneté de la vocation thermale du lieu : quinze siècles avant les hôtels Belle Époque, on venait déjà se soigner ici.

Les fontaines pétrifiantes exploitent, elles, un phénomène spectaculaire. L’eau de Saint-Nectaire est si chargée en calcaire qu’elle dépose une fine couche de pierre sur tout ce qu’elle arrose. En laissant ruisseler l’eau sur un moule pendant des mois, on obtient un bas-relief entièrement minéral. L’atelier perpétue une technique du XIXe siècle, et la démonstration fascine les enfants.

Le village compte également plusieurs habitats troglodytiques, creusés dans les tufs volcaniques.


UN PATRIMOINE MÉGALITHIQUE MÉCONNU

C’est la face cachée de Saint-Nectaire. Dolmens et menhirs témoignent d’une occupation humaine dès le Néolithique et composent l’un des plus beaux ensembles mégalithiques du Puy-de-Dôme.

Ces pierres dressées disent la même chose que les thermes romains et l’église romane : on s’installe ici depuis très longtemps, et probablement pour les mêmes raisons — l’eau, la position, la qualité des pâtures.


ET LE FROMAGE, BIEN SÛR

Le saint-nectaire fut le premier fromage d’Auvergne à obtenir une appellation, en 1955. Pâte pressée non cuite, en cylindres bas d’une vingtaine de centimètres, affinée 28 jours au minimum — souvent bien davantage — sur paille de seigle.

Deux versions coexistent, et la différence se voit à la plaque de caséine incrustée dans la croûte : verte et ovale pour le fermier, fabriqué à la ferme au lait cru juste après la traite ; carrée pour le laitier. Le premier a plus de caractère, des notes de noisette et de sous-bois.

La légende veut qu’il ait été introduit à la cour de Louis XIV par le maréchal de Senneterre. De nombreuses fermes de la vallée proposent la visite de leurs caves d’affinage et la vente directe.

En pratique

  • Depuis Saint-Saturnin : environ 30 km, 35 minutes de route.
  • L’église se visite librement, en dehors des offices. Le trésor est présenté dans l’édifice.
  • Le village est en pente : le haut et le bas ne se rejoignent pas sans effort. Prévoyez de vous garer deux fois, ou de bonnes chaussures.
  • Grottes, fontaines pétrifiantes et fermes d’affinage ont des horaires saisonniers : vérifiez avant de partir.

→ Les autres balades aux alentours de Saint-Saturnin

Photographies : saint-saturnin.com. Informations données à titre indicatif. Page mise à jour en juillet 2026.

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