LE CHÂTEAU DE MUROL

C’est au détour d’un vallon que surgit sa silhouette : dressé sur un promontoire de basalte, au milieu des puys, le château de Murol domine son village et le lac Chambon depuis près de neuf cents ans. Réputé imprenable, épargné par les Anglais, par Richelieu et par la Révolution, c’est aujourd’hui le château le plus visité d’Auvergne — et l’un des rares où l’on ne visite pas des pierres mortes, mais un Moyen Âge remis en vie.

Le tout à une petite demi-heure de route de Saint-Saturnin, tout près de Saint-Nectaire et du lac Chambon, au pied du Sancy.


UNE FORTERESSE NÉE DU VOLCAN

Le château est bâti sur un promontoire de basalte — une mesa, vestige d’une coulée de lave refroidie descendue du Sancy —, à près de 1 050 mètres d’altitude. Les bâtisseurs ont tiré parti du relief : les murs de basalte sombre et de pierre de Volvic semblent jaillir du rocher. La butte est occupée dès le Néolithique ; les premières fortifications remontent aux Xe-XIe siècles, et c’est vers 1100 que les seigneurs de Chambe et de Murol choisissent ce promontoire pour y élever une forteresse.

Pourquoi ici ? Pour la position. Le château commande le carrefour de trois grandes voies — vers la Limagne, le Mont-Dore et Clermont-Ferrand —, d’anciennes routes romaines. Son enceinte polygonale, renforcée de tours rondes, épouse les courbes du rocher ; un donjon forme le réduit défensif ultime, entouré des logis seigneuriaux, de la chapelle castrale dédiée à saint Jean-Baptiste et des salles de garnison. Une architecture si singulière qu’on l’a comparée à celle des forteresses du Proche-Orient.


GUILLAUME DE MUROL, LE SEIGNEUR ÉCRIVAIN

L’âge d’or du château tient à un homme : Guillaume II de Murol, à la charnière des XIVe et XVe siècles. Après une vie de chevalier aventureux, il se retire sur ses terres et, pendant vingt ans, gère lui-même toutes ses affaires — agrandissant et restaurant la forteresse (le donjon, une seconde chapelle, les bâtiments de l’est).

Le livre de raison de Guillaume

Guillaume tenait deux registres où les comptes se mêlent aux poèmes et aux souvenirs personnels, ainsi qu’un long testament autobiographique. Conservé depuis 600 ans, ce rare « livre de raison » nous fait entrer, presque au jour le jour, dans le quotidien d’un seigneur auvergnat vers 1400. C’est lui qui inspire aujourd’hui toute la scénographie du château, plantée « en 1426, à la cour de Guillaume ».

Un détail parlant : du temps de Guillaume, la haute-cour n’abritait qu’une vingtaine de personnes — le seigneur, sa famille et ses domestiques — défendues par une garnison de trois hommes seulement, un capitaine et deux portiers. On est loin de l’image des châteaux grouillant de soldats.


LES ESTAING ET LE RÊVE RENAISSANCE

Au XVe siècle, la lignée des Murol s’éteint avec Jehanne de Murol, dont le mariage avec Gaspard d’Estaing fait passer le château à la puissante famille d’Estaing, grande maison du Rouergue.

Au XVIe siècle, la forteresse est richement ornée et s’adapte à la nouvelle artillerie. François d’Estaing fait édifier, au pied du dyke basaltique, une vaste enceinte bastionnée à tours en amande pour armes légères, et entreprend sur le côté est un grand palais Renaissance flanqué d’un jardin suspendu — un projet ambitieux resté inachevé. Une couleuvrine portant son nom a été retrouvée sur place, et la « salle du canon » est datée de 1574.


DE LA RUINE AU MONUMENT

Le déclin est lent. Richelieu, qui fit démanteler tant de châteaux, épargne Murol — par égard pour le prestige des Estaing. Le château traverse aussi la Révolution, servant tour à tour de prison et de repaire de brigands, avant de perdre toute fonction résidentielle.

Au XIXe siècle, il devient une carrière : les habitants de la région viennent y prendre des pierres déjà taillées. En 1880, le dernier propriétaire, le comte de Chabrol, cède le château au département ; son classement aux Monuments historiques en 1889 met fin au pillage. Depuis 1953, il appartient à la commune de Murol.

Le saviez-vous ? Un décor d’écrivain… et de cinéma

Les ruines ont frappé Guy de Maupassant, qui les évoque en 1883 (dans Humble drame) : elles surprennent, écrit-il, par leur énormité simple et leur majesté. Plus près de nous, en mars 2019, Murol a servi de décor au film Kaamelott : Premier Volet d’Alexandre Astier (sorti en 2020).


LE CHÂTEAU VIVANT

Ce qui rend Murol unique, c’est qu’on n’y visite pas des pierres mortes. Le château plonge le visiteur « en 1426, à la cour de Guillaume » : espaces de vie reconstitués, visites guidées en costume, et joutes de chevaliers au pied des murailles. Avec plus de 180 000 visiteurs en 2023, c’est le château le plus visité d’Auvergne.

Ce qu’il ne faut surtout pas manquer

Le chemin de ronde et sa vue à 360° sur la vallée, le Sancy et le lac Chambon ; la salle du canon (1574) et la salle du banquet ; et, dans la garde-robe du seigneur, l’occasion de se parer de houppelandes et d’escoffions. L’été, les visites aux flambeaux en compagnie de « Monseigneur Guillaume » (juillet-août) et le spectacle équestre médiéval.

En pratique

  • Depuis Saint-Saturnin : une petite demi-heure de route (~25 km). À côté de Saint-Nectaire et du lac Chambon, au pied du Sancy.
  • Ouvert toute l’année (fermé le 14 juillet) ; dernière entrée environ une heure avant la fermeture.
  • Programmation selon la saison : visite libre ou guidée en costume, spectacle équestre, et visites aux flambeaux l’été. Le château fait partie du dispositif Pass Culture.
  • Accès à pied depuis le village, en montée : de bonnes chaussures et un coupe-vent sont conseillés (le site est perché et en partie en ruine).
  • Tarifs selon l’âge et la période. Horaires, tarifs et webcam sur le site officiel murolchateau.com.

→ Saint-Nectaire : l’église, les thermes et le fromage

→ Les autres balades aux alentours de Saint-Saturnin

Photographies : saint-saturnin.com. Éléments historiques d’après le château de Murol et Wikipédia. Horaires et tarifs susceptibles d’évoluer : vérifiez avant de venir. Page mise à jour en juillet 2026.

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