Beaucoup de gens ne font que traverser Montpeyroux, le temps d’une pause sur l’A75. C’est passer à côté de l’essentiel : ce village de pierre dorée, classé parmi les Plus Beaux Villages de France, a fourni l’arkose de plusieurs grandes églises romanes d’Auvergne, appartenu à Catherine de Médicis puis à la Reine Margot, et failli disparaître au début du XXe siècle avant de renaître de ses ruines.
Le tout à une quinzaine de kilomètres de Saint-Saturnin, soit une vingtaine de minutes de route. Comptez une bonne demi-journée pour en faire le tour.
Sommaire
LE DONJON, SENTINELLE DE PIERRE
Impossible de manquer sa silhouette : le donjon domine les toits de ses trente-trois mètres. Élevé au XIIIe siècle, il relève de l’architecture militaire voulue par Philippe Auguste après la conquête de l’Auvergne. C’était le cœur d’une forteresse chargée de protéger les villages alentour, dressée sur un éperon rocheux dont le flanc sud tombait à pic sur la falaise. À l’origine, tous les habitants vivaient à l’intérieur de l’enceinte, au sommet de la butte.
À l’entrée du bourg, un porche fortifié du XIVe siècle — classé Monument historique dès 1951 — rappelle cette ceinture de pierre aujourd’hui disparue. Une Vierge veille dans une niche de sa face intérieure, juste avant la Montée des Gardes qui grimpe vers le donjon. Passé le porche, on se perd dans un lacis de ruelles étroites, de passages voûtés et de maisons de vignerons à escalier extérieur, reliés par de petits escaliers de pierre.
Ne repartez pas sans être monté en haut du donjon.






Ce qu’il ne faut surtout pas manquer
La montée au sommet du donjon. De la plate-forme crénelée, le regard embrasse à 360° la chaîne des Puys, le massif du Sancy, les monts du Cantal et la vallée de l’Allier. À l’intérieur, des expositions retracent l’histoire du village et de sa pierre.
Attention : l’accès se fait par une échelle à crinoline et des marches hautes. Il demande un minimum d’aisance et n’est conseillé ni aux personnes sujettes au vertige, ni aux très jeunes enfants.
LA PIERRE D’ARKOSE
Le nom du village dit déjà tout : Montpeyroux vient de Mons petrosus, le « mont pierreux ». Le bourg est bâti sur un rocher d’arkose, un grès feldspathique d’une belle couleur blonde qui affleure à ciel ouvert — ce qui a permis de l’exploiter dès le XIIe siècle.
Robuste mais difficile à tailler, cette pierre donne aux façades leurs reflets dorés et cet air presque méridional qui surprend sous le ciel d’Auvergne. Surtout, elle a servi à bâtir bien au-delà du village : on retrouve l’arkose de Montpeyroux dans plusieurs des grands édifices romans de la région — Notre-Dame-du-Port à Clermont-Ferrand, Saint-Austremoine à Issoire, et jusque dans l’église de Saint-Saturnin.
Pendant des siècles, le village a vécu de ses carrières. En 1848, elles occupaient une trentaine d’ouvriers répartis dans onze ateliers de taille. La dernière, à ciel ouvert à l’entrée du bourg, a fonctionné jusqu’en 1935 — elle ne produisait plus alors que des meules de moulin. Même l’église du village, de style roman-byzantin, a été élevée au XIXe siècle en arkose, par les habitants eux-mêmes.
Un sentier de 9 km (environ 2h30) relie aujourd’hui le village à ses anciennes carrières, gagnées par la végétation. Et sous la halle couverte, une collection d’outils et de photographies raconte le travail des tailleurs de pierre.
→ Les cinq églises romanes majeures d’Auvergne





UNE HISTOIRE PLUS GRANDE QUE LE VILLAGE
Ce modeste village viticole a appartenu à quelques-uns des plus grands noms de l’histoire de France. Derrière ses ruelles se cache une lignée qui mène tout droit au sommet de l’État.
De la Tour d’Auvergne à la Reine Margot
Le fief de Montpeyroux fut confié par Philippe Auguste aux puissants seigneurs de la Tour d’Auvergne. En 1518, Madeleine de la Tour d’Auvergne épouse Laurent de Médicis et hérite du château.
Leur fille n’est autre que Catherine de Médicis, future reine de France, qui devient à son tour dame de Montpeyroux — avant que le domaine ne passe à sa propre fille, Marguerite de Valois, la célèbre Reine Margot.
LE VILLAGE VIGNERON
La vigne fait partie de l’identité de Montpeyroux depuis toujours : sa culture dans le val d’Allier est attestée dès l’Antiquité. Au XIXe siècle, l’essor est spectaculaire — vers 1880, le Puy-de-Dôme était le troisième département viticole de France, et la vigne couvrait jusqu’à 70 % du territoire de la commune. Puis, en 1896, le phylloxéra ravage tout.
Le vignoble renaît aujourd’hui sur les terrasses qui dévalent sous le village. Montpeyroux appartient à l’aire des Côtes d’Auvergne, rattachée aux vins de la Loire, qui s’étire le long de l’Allier entre Riom et Issoire, sur des coteaux volcaniques et argilo-calcaires. Le cépage roi y est le gamay — au moins la moitié de l’encépagement — souvent complété de pinot noir pour les rouges et les rosés ; le chardonnay donne les blancs. Reconnue AOVDQS dès 1951, l’appellation est devenue AOC / AOP Côtes d’Auvergne en 2011, plusieurs domaines travaillant désormais en bio.
UN VILLAGE SAUVÉ DE LA RUINE
Rien n’était joué. Avec la fermeture des carrières et la crise du phylloxéra, Montpeyroux s’est vidé de ses habitants : entre 1890 et 1927, la population chute de 570 à 181 âmes. Le village, quasiment abandonné, tombe en ruines.
On doit son sauvetage à un homme : l’architecte issoirien Joseph Pérol (1903-1979), tombé amoureux de ces vieilles pierres dans les années 1950. Il s’y installe, rachète un premier « tas de pierres », et entraîne dans son sillage amis et passionnés qui, peu à peu, relèvent les bâtisses en s’inspirant de l’esprit des maisons vigneronnes. Le pari est aujourd’hui gagné : Montpeyroux a rejoint les Plus Beaux Villages de France en 1989, et ses ruelles vivent au rythme des ateliers d’artisans d’art — céramique, peinture, lave émaillée.





En pratique
- Depuis Saint-Saturnin : environ 16 km, 20 minutes de route.
- Accès : à proximité immédiate de l’A75 (sortie n°7), à 15 km au sud de Clermont-Ferrand.
- Le donjon se visite selon des horaires saisonniers ; l’accès au sommet se fait par une échelle à crinoline et des marches hautes. Renseignez-vous auprès de l’office de tourisme.
- Le village est perché et piéton : le cœur du bourg se découvre à pied. Prévoyez de bonnes chaussures et garez-vous à l’entrée.
- À voir aussi : la halle de l’arkose et les ateliers d’artisans disséminés dans les ruelles.
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→ Saint-Nectaire : l’église, les thermes et le fromage
Photographies : saint-saturnin.com. Informations données à titre indicatif. Page mise à jour en juillet 2026.
